‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 106 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELICtIETISE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELICtIETISE

de la rosée au moment où il se mettait en route, pour un voyage de quelque durée, c'était bon signe.. Tout ce qui arrivait d'extraordinaire ne manquait jamais de faire grande impression sur lui, comme le fait curieux d'un palmier qui poussa d'une fissure des pierres, sur le devant sa maison, et celui d'un vieux chêne, dont les branches, défaillantes et déjà inclinées jusqu'à terre, reprirent une vigueur nouvelle lors de son arrivée à Gapri. Si Tite-Live avait pu lire, dans Suétone, la liste rapportée par cet auteur, sur des extraits tirés avec un véritable soin d'abeille d'une foule de livres et de traditions, de tous les présages qui annoncèrent la grandeur future d'Auguste, ses victoires et sa mort, il eût peut-être retiré ses plaintes au sujet de l'indifférence des contemporains pour ces choseslà. Avec une foi aussi robuste, tout événement devenait significatif; aucun miracle n'était trop fort ou trop ridicule, pour elle. Suétone rapporte même sérieusement qu'Auguste, encore petit enfant et commençant seulement à parler, avait une fois, sur une terre de sa famille, imposé silence au coassement des grenouilles, et que depuis lors, assurait-on, les grenouilles n'y coassaient plus^

Il va sans dire aussi que, chez les croyants, les différentes espèces de présages trouvaient une foi différente, et que les méthodes variées et multiples de la divination ne jouirent pas de la même autorité dans tous les temps, mais que ce fut tantôt celle-ci, tantôt celle-là, qui obtenait le plus de faveur. Cependant, il n*est jamais arrivé qu'aucun des modes de divination reconnus fût tombé complètement en désuétude, faute de créance. Les sarcasmes foudroyants de Gicéron, au sujet de l'aruspicine et de

* Suélone, Auguxte, ch. xcii-xcvii.

rinspection des entrailles en général, pourraient faire penser que ce genre de divination était tombé dans un trop profond discrédit pour jamais se relever dans l'estime des gens, des hommes ayant reçu de l'éducation du moins ; mais en le croyant on se tromperait fort/ Gicéron rapporte le mot de Gaton , s'étonnant qu'un aruspice pût regarder un confrère sans rire, et la question d'Annibal au roi Prusias, qui Youlait faire dépendre la résolution de livrer bataille d'une inspection d'intestins : En croirez-vous une tranche de veau plutôt qu'un vieux général ? Il rappelle comment, notamment aussi dans les guerres civiles, il était presque toujours arrivé le contraire de ce qui avait été prédit \ Mais les railleries des incrédules ne troublaient pas plus les croyants dans leur foi, que le démenti des faits. Gomme il arrive toujours en pareil cas, on n'avait de mémoire que pour les prophéties qui s'étaient ou passaient pour s'être réalisées, et de nombreux témoignages des siècles suivants confirment la persistance de la foi dans les pronostics de l'inspection des entrailles, et montrent qu'elle était très-répandue, même dans les classes pourvues d'instruction. Déjà la défense de Tibère, d'interroger les aruspices en secret et sans témoins % suppose un usage très-général de cette forme de divination. La crainte manifestée par Glaude (en l'an 47) que cette science, la plus ancienne de l'Italie, ne vînt à s'éteindre, à force d'être négligée, ne se rapportait- probablement qu'à la décadence de l'aruspicine étrusque, non pas à une diminution générale de l'usage de cette forme '.

1 Gicéron, Div., II, 24 ; cf. 1, 26.

2 Suétone, Tibère, ch. lxiii.

3 Tacite, Annales, XI, 15.

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