LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
Aussi Pline l'Ancien dit-il expressément : « Une grande partie de l'humanité s'est fourré en tête que les animaux nous avertissent, par le jeu des fibres de leurs muscles et de leurs intestins, des dangers qui nous menacent*. » Épictète qui, suivant les doctrines de son école, reconnaissait là aussi des révélations et ne doutait pas qu'il n'y eût un art de les interpréter, crut seulement devoir conseiller aux hommes de ne pas se laisser guider, dans leurs actes, par la divination uniquement, mais plutôt et surtout par le sentiment du devoir : conseil qui n'aurait pas eu de but, si le recours à la première n'avait pas été d'une pratique très-générale. « C'est, » dit-il, « la crainte de l'avenir seule qui pousse les hommes à consulter si souvent les devins. On s'approche d'eux, tremblant d'émotion, avec force prières et cajoleries, comme s'ils pouvaient réaliser nos vœux : Seigneur, hériterai-je de mon père? Seigneur, ayez pitié de moi, faites que je puisse sortir ! Or l'aruspice, ou l'augure, ne peut cependant prévoir que l'imminence d'événements tels que la mort, un danger, une maladie, ou d'autres accidents semblables. Ceux-ci seront-ils, par le fait, d'un effet salutaire ou nuisible pour la personne qu'ils concernent? il l'ignore*. » Hérodien dit que la ville d'Aquilée avait été soutenue principalement, dans la vaillante résistance qu'elle opposa à Maximin, par les prophéties des aruspices qui s'y trouvaient, i< ce mode de divination étant celui dans lequel les habitants de l'Italie ont le plus de confiance ' ». Cependant, on Voit qu'il avait une assez grande autorité même hors d'Italie, non-seulement par les propos
* Épictète, /)é*aer^, II, 7; voir aussi I, 1, 17; III, 1, 37; IV, 4, 6. » Ilcrodien, Vill, 3, 7.
d'Épictète, mais aussi par le cas qu'en faisait l'interprète des songes Artémidore , qui n'admettait, comme ayant une valeur, à côté de sa propre spécialité, que trèspeu de méthodes de divination : Tastrologie, les présages des sacrifices, l'observation des oiseaux et l'inspection du foie, c'est-dire des intestins \ Il est même permis de conclure de quelques données fortuites, provenant de divers temps, que l'aruspicine ne manqua jamais de crédules, même parmi les gens instruits. Régulus qui avait, comme orateur et accusateur dans les procès de lèsemajesté, une célébrité néfaste, au temps de Néron h Domitien, interrogeait les aruspices sur l'issue du procès, chaque fois qu'il paraissait en justice ^ L'empereur Gordien I était extrêmement versé dans cette science ^ Ammien Marcellin compte aussi l'aruspicine parmi les moyens que la Providence, dans sa bonté, a départis aux hommes, pour lire dans l'avenir, et il affirme que Julien, dès l'époque où il feignait encore de professer le christianisme, était adonné à l'aruspicine et aux augures, comme à tout ce que les adorateurs des dieux avaient pratiqué de tout temps *. A en juger par ces données, concernant la persistance et la grande propagation de la foi dans l'aruspicine, dont il serait facile de multiplier encore les exemples ^ il devait en être de même pour toutes les autres méthodes de divination traditionnelles.
Parmi ces différentes manières de scruter l'avenir, la
' Artémidore, Onirocr., II, 69.
2 Pline le Jeune, Lettres, VI, 2, 2 ; voir aussi II, 20, 4.
3 Aurélius Victor, Césars, 26.
* Ammien, XXI, 1 ; 62, 4 ; voir aussi XXIII, 5, 10 à 13, et XXV, 6, 1. ^ H. A., Vie de Florien, ch. ii. — Code Théodosien, XVI, 1, 2, 4, 6. — Marquardt, Manuel^ IV, 368, etc.