‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 108 sur 241 · LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE

science à la mode du temps, l'astrologie , qui jouissait de la plus haute considération, notamment dans les classes supérieures, ne supposait pas nécessairement, il est vrai, la croyance aux dieux et à une providence mise en action par eux, bien que, cependant, elle n'exclue nullement cette foi. Parmi les anciens de l'école stoïcienne, laquelle croyait à la Providence, Panétius est le seul qui la rejetât, et il était de ceux qui contestaient .la valeur des présages et de la divination en général \ Cependant, la croyance à un Fatum, si répandue dans le monde d'alors, et qui précisément favorisait le plus l'astrologie*, pouvait, d'après la nature des choses, facilement conduire à l'aliénation de la foi au polythéisme. La croyance «qui rapportait tous les événements à leurs constellations, par les lois de la nativité», et à laquelle, comme dit Pline l'Ancien, dans un passage déjà cité plus haut, les gens instruits se ralliaient aussi volontiers que la masse des gens sans éducation, cette croyance, suivant laquelle ce qui avait été résolu une fois était immuablement arrêté pour jamais, mettait la divinité définitivement à la retraite '. Tibère, dit Suétone*, se montrait assez indifférent à l'égard des dieux et du culte, parce qu'il était entièrement adonné à l'astrologie et pénétré de la conviction que tout se passe d'après les arrêts du destin.

Mais les prédictions des oracles aussi, dans lesquels les dieux révélaient, en quelque sorte personnellement, l'avenir aux hommes, et qui, par conséquent, de même qu'ils supposaient une inspiration immédiate delà divinité, de-

* Zeller, III, 1, 317, 2.

' Tacite, Annales, VI, 32 ; voir aussi IV, 20, et Uist., I, 18. 3 Hist» nat.j II, 23.

* Tibère, ch. lxix.

valent aussi le plus afFermir et entretenir la foi en celle-ci, ces prédictions n'ont guère eu, dans les premiers siècles de notre ère, une autorité moins générale qu'à aucune époque antérieure; et le fait que cette divination non-seulement persista, mais subit même, après un déclin temporaire, une restauration complète, est une preuve d'autant plus indubitable de la vigueur de la foi aux dieux. Strabon qui témoigne expressément du déclin des oracles grecs et de la négligence dont ils avaient à se plaindre, au temps d'Auguste, a été certainement en partie déterminé à s'exprimer comme il le fait par la pensée aux temps delà splendeur de Delphes, éteinte depuis des siècles. Cependant il semble bien qu'il ne laisse pas d'indiquer la cause véritable du déclin de l'autorité des oracles grecs, à cette époque même: à savoir le fait que les Romains se contentaient des prophéties des livres sibyllins et de la divination étrusque, par l'observation des intestins, du vol des oiseaux et des signes célestes ^ C'était une conséquence naturelle de l'établissement de la domination universelle que l'élément romain commençât par déprimer, sur tous les domaines, tout ce qui n'était pas romain, et c'est précisément à la même époque que le prestige accablant de la puissance et de la grandeur romaines était à son apogée, dans le monde hellénique. Mais, bien que cette impression fût assez forte pour imprimer de nouvelles directions au besoin de foi des hommes, elle ne l'était pas assez pour les dominer entièrement. A la longuCj l'ancienne foi se rétablit complètement, et les temples des oracles en renom depuis une haute antiquité se remplirent de

i Sttaboti, xvii, 1, 43, p. 843 Ë. — Gustave Wolff, De novissima oraculorum asiate ^ p. 1 .

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