LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
nouveau de pèlerins. Là des prophètes, pleins du dieu avec lequel ils s'identifiaient, prédisaient les choses futures, indiquaient les moyens d'éviter les dangers et de guérir des maladies, donnaient de l'espoir aux affligés, portaient secours aux malheureux, consolaient dans les souffrances et soulageaient dans lespeines^ Même les auteurs chrétiens, prétendant qu'avec la venue du Sauveur la puissance des faux dieux avait été brisée dans le monde, que le charme par lequel ils avaient si longtemps prêté un langage à des figures de bois et de pierre était rompu, et que leurs oracles étaient devenus muets% eux aussi furent obligés de reconnaître que les démons recommençaient à faire des prophéties vraies et à donner des avertissements salutaires, dans les temples des oracles, et qu'ils opéraient des guérisons, mais uniquement, comme il va sans dire, pour causer un dommage d'autant plus grand à ceux qu'ils détournaient de la recherche du vrai Dieu, en les mettant par contrebande en rapport avec de fausses divinités \
La grande étendue de l'empire romain, ainsi que le mouvement incessant des relations mutuelles entre toutes ses parties, extrêmement développé par l'excellence de ses moyens de communication, avait eu pour efTet d'élargir énormément le domaine sur lequel s'étendait l'influence des oracles renommés. Des gens en quête d'assistance et de conseils venaient, jusque des pays lointains du monde barbare, en pèlerins, vers les temples grecs, et les sentences des dieux helléniques étaient écoutées, avec respect, •
' Minucius Félix, Octavius, ch. vu.
■ Arnol)C, Adv. génies, I, l. — Eusèbe, Prœp. cvang.^ V, 1. Prudence, Apoth., 435, etc.
» TerluUicn, De animât c. xlvi.
dans des contrées où leurs noms n'avaient jamais pénétré, avant Favénement des Romains àTempire du monde. Si, ce qui eut lieu comme il paraît au temps d'Adrien, une cohorte de Tongres^ à Borcovicus (Housesteads) où elle tenait garnison dans l'île de Bretagne, offrit « conformément à l'interprétation de l'oracle d'Apollon de Glaros » (près de Colophon), un ex-voto « aux dieux et aux déesses », si une inscription votive d'Obrovazzo, dans la Dalmatie septentrionale, se réfère à la sentence du même oracle \ il n'y a pas à douter que l'on interrogeait, à l'époque de l'empire romain, les oracles célèbres de toutes les provinces de celui-ci, et ce fait se trouve confirmé par les nombreuses mentions accidentelles des auteurs. Ainsi, pour donner quelques exemples, Germanicus interrogea, outre l'oracle susmentionné d'Apollon de Glaros, aussi celui du taureau Apis, à Memphis ; Tibère, l'oracle à loterie de Géryon, près de Padoue, Galigula, celui des Fortunes à Antium; Néron, celui de Delphes; Vespasien, celui du Mont-Garmel; Titus, celui de Vénus à Paphos, dans l'île de Chypre; Garacalla, celui de Sérapis, à Alexandrie, et en général tous les oracles célèbres ^ Dans les cercles des croyants, on se racontait, de l'omniscience des oracles, des choses encore plus fortes que les réponses de celui de Delphes aux questions de Grésus^ d'après Hérodote. Dans Plutarque, un ami de celui-ci, le savant Démétrius de Tarse, raconte, en témoin de l'événement, comment un incrédule, gouverneur de la Gilicie, fut converti à la foi par une sentence d'oracle. Quelques
* E. Hubner, Voyage épigraphiqm en Angleterre, dans les Rapports mensuels de l'Académie de Berlin, 1866. p. 791^ etc. (en allem.). 2 G. Wolff, l. c.