LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
mène, tout naturellement, à la conclusion de l'existence d'une foi d'autant plus vive aux oracles reconnus, et donne la mesure de leur influence.
Plusieurs des oracles les plus renommés consistaient, comme celui de Mopsus, dans une révélation parle moyen des songes. Mais la croyance que partout, et non-seulement dans ces sanctuaires, les songes prédisaient l'avenir était, de toutes les formes de la foi aux présages, la plus généralement répandue et la seule que ne contestât pas même une partie de ceux qui rejetaient, pour tout le reste, absolument la foi à la divination. Aristote et Démocrite * admettaient des songes prophétiques, mais comme des effets naturels de causes naturelles, et non comme envoyés par les dieux; et de même Pline l'Ancien, tout en niant toute révélation surnatyii-elle de l'avenir, inclinait à la foi dans les songes ayant un caractère significatif. Dans un de ses livres les plus anciens, il ne tranche pas la question^, mais dans un autre, de date postérieure', il rapporte, comme un fait indubitable, qu'un soldat de la garde impériale, à Rome, atteint d'hydrophobie par suite de la morsure d'un chien enragé, fut sauvé par un moyen révélé en songe à sa mère, qui vivait en Espagne. Ne se doutant même pas de l'accident de son fils, elle avait eu l'inspiration de lui communiquer ce moyen dans une lettre , qui arriva juste à temps pour sauver encore le malade, de l'état duquel on désespérait déjà. Quand Pline dit que ce moyen, auparavant inconnu, mais dont on avait depuis éprouvé et reconnu l'efficacité constante, avait été révélé par Dieu, il pensait
' Zeller, II, 2, 424 et 625; I, G44.
' Hiit.nat.^X. 211.
^ Ihlflrm, XXV, 17.
sans doute à cette action mystérieuse de la nature dont les sympathies (affinités) et les antipathies (répulsions), existant entre les forces de celle-ci, paraissent également être une manifestation, nullement à la providence d'une divinité personnelle. Or, bien que la foi aux songes prophétiques ne suppose pas nécessairement aussi la croyance aux dieux et à une providence, il n'en est pas moins certain que l'une ne va que rarement sans l'autre, et que, chez la grande majorité des hommes, la foi comme l'incrédulité s'est étendue sinaultanément aux deux. La théorie de Démocrite, tout porte à le croire, a été peu goûtée, même des épicuriens, qui ont en général nié, avec la providence, aussi la divination, par songes comme sous toute autre forme. Par contre, dit Origène*, tous ceux qui admettaient une providence tenaient pour certain qu'il y a, dans les songes, des apparitions et des signes, en partie de nature essentiellement divine, en partie prophétiques, et prédisant l'avenir, tantôt clairement, tantôt sous une forme énigmatique. En sommeil^ dit le représentant du paganisme dans le dialogue de Minucius Félix % nous voyons, entendons, reconnaissons la divinité que, le jour, nous renions comme des impies, nous dédaignons et nous offensons par le parjure. Les stoïciens, notamment, attachaient le plus grand prix à « cette forme de consolation particulière, dérivant d'un oracle naturel », dont la Providence a fait cadeau aux hommes, et les chrétiens aussi croyaient que des songes véridiques nous étaient envoyés non par Dieu seulement, mais aussi par les. démons, dans la méchante intention déjà mentionnée plus haut, il est
• Contre Celse, 1, 48.
- Octavius, ch. vu.