‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 112 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

vrai, et d'ailleurs avec la restriction, pour les songes envoyés par ces derniers, qu'ils étaient le plus souvent fallacieux et impurs \ On ne se tronipera donc guère non plus en concluant aussi, de l'universalité et de la fermeté de la croyance aux songes, à l'universalité et à la fermeté de la foi dans les dieux et dans la Providence.

Or qui connaît, ne fût-ce que superficiellement, la littérature des premiers siècles, notamment la littérature historique, ne peut douter de la foi que l'on avait alors dans les songes. Il est rare que l'on y raconte un grand événement, sans mentionner aussi au moins un songe qui l'avait prédit. Les hommes les plus éminents accordaient à des songes la plus grande influence sur leurs actions ; on se laissait déterminer à toute sorte d'entreprises par des songes : ainsi c'est à la suite d'un songe que Galien écrivit sur les mathématiques % et que Pline l'Ancien fit son histoire des guerres des Romains en Germanie ^ Des songes décidaient du choix de la profession que l'on embrassait : un songe de son père "avait ainsi décidé Galien à étudier la médecine*. Ce grand homme se laissait souvent aussi guider par des songes dans le traitement de ses malades, et généralement il eut le meilleur succès dans ces cures. C'est ainsi qu'il avait une fois, suivant l'inspiration de deux songes et leurs indications précises, pratiqué une saignée entre l'index et le doigt du milieu de la main droite, et laissé couler le sang jusqu'à ce qu'elle s'arrêtât

' Tertullien, De anima, c. xlvi, etc.

«Galien, éd. K, II, 812.

^ Pline le Jeune, Lettres, III, 5.

♦ Sprengel, Histoire de la Médecine, 11, 130 et 145 (en allem.); voyez en outre Galien, YI, 833, et Daremberg, La médecine, histoire et doctrine, p. »'i, etc.

d'elle-même \ Il ne croyait du reste pas moins fermement à la science des augures, c'est-à-dire de l'interprétation du vol des oiseaux ^ Suétone s'adressa à Pline le Jeune, avec la prière de lui procurer un ajournement de terme, pour une cause qu'il avait à défendre en justice, parce qu'un songe l'avait averti qu'elle tournerait mal. Pline conseille d'y réfléchir encore, puisqu'il s'agissait de savoir si les songes de Suétone indiquaient réellement ce qui allait arriver ou n'étaient pas l'indication du contraire, lui-même se trouvant dans ce dernier cas, avec ses propres songes ^ Auguste, qui ne faisait pas seulement grande attention aux siens, mais aussi à ceux d'autrui concernant sa personne, se laissa déterminer, par un songe, à se ren-. dre à un jour fixe de chaq^ue année, en un certain endroit, pour y tendre le creux de la main aux passants, comme un mendiant, et recevoir la monnaie de cuivre qu'ils lui donneraient. Ajoutons pourtant que ce fait, rapporté par Suétone *, est mis en doute par Dion Gassius. Marc-Aurèle rendit grâce aux dieux de lui avoir communiqué en songe des ordonnances contre les éblouissements et le crachement de sang ^ Dion Gassius écrivit tout un livre sur les songes et présages qui annoncèrent l'avènement de Septime Sévère à l'empire, et celui-ci, qui attachait à ses songes une si grande importance que, par exemple, il en fit représenter un en bronze % accueillit très-favorablement l'ouvrage de cet historien'. Dans un de ces

iGalien,éd.K, XVI, 222.

2 Ibidem, XV, 443, etc.

' Pline le Jeune, Lettres, I, 18.

* Auguste, ch. xci.

5 Marc-Antonin, Commentât., I, 17.

6 Hérodien, II, 9.

' Dion Gassius, LXXII, 23.

Page 1