‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 113 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

songes, il s'était vu conduire sur une haute tour, d'où ses regards dominaient tout le pays environnant et la mer; il fit avec la main les mouvements d'un joueur de luth, et des sons harmonieux vinrent toucher son oreille*. C'est aussi sur un avis de la divinité, reçu en songe, que Dion commença sa grande histoire romaine, et c'est dans de nouveaux songes oii la déesse de la Fortune, à laquelle il s'était entièrement voué comme à la protectrice de ses jours, lui avait promis l'immortalité, qu'il puisa le courage et la force nécessaires pour continuer et terminer son œuvre -.

Le seul traité des songes qui soit parvenu jusqu'à nous, de tout un fonds de bibliographie très-volumineux sur la matière, et qui appartenait principalement à la littéra-» ture grecque ^ est notamment aussi fort intéressant, en ce qu'il prouve jusqu'à quel point l'interprétation des songes était arrivée à se faire reconnaître comme une science, dont les adeptes s'appliquaient à porter la méthode d'interprétation au plus haut degré de rigueur et de précision qu'elle comporte, sur la base de la réunion du plus large fonds possible de matériaux dignes de foi. L'auteur de ce traité, Artémidore de Daldie, comme il aimait à se nommer plutôt que d'Éphèse, sa ville natale, voulant que le lieu de naissance obscur de sa mère eût aussi la gloire d'avoir produit un homme distingué*, vivait vers la fin du deuxième siècle, et écrivit, sur l'invitation réitérée d'Apollon, qui lui était apparu en songe sous

' Dion Cassius, LXXIV, 3 ; voir aussi Vie de Sévère, ch. m. « Ibidem, LXXII, 23.

» TerluUien, De anima, c. xlvi. — Arlémidore, Onirocritiquc , éd. Reiff, I, p. 441 à 446.

* Artémidore, III, «6, etc.

une forme visible, ainsi que sur les instances de Cassius Maximus, homme de rang sénatorial, d'origine africaine* et également ami d'Aristide. Pour Artémidore aussi, les songes que les dieux « envoient à l'âme humaine, prophétique de sa nature », étaient une manifestation de la divine providence, et il considérait principalement comme des adversaires ceux qui ne croyaient ni aux songes, ni à la divination en général. On trouve la preuve de son profond respect pour l'action souveraine de la divinité dans cet avertissement, entre autres, qu'il ne faut pas, en priant les dieux de nous envoyer des songes, rechercher la connaissance de choses inutiles, ni formuler sa prière comme une prescription à leur adresse, mais offrir un sacrifice et faire des actions de grâces après le songe ^ Il regardait sa mission d'interpréter les manifestations de la divinité comme un sacerdoce; sa a science » était sacrée pour lui. Il avait consacré sa vie entière à l'approfondir, étudié jour et nuit, acheté tous les livres de songes qu'il avait pu découvrir, ainsi que cherché, dans ses voyages en Asie Mineure, en Grèce, en Italie et dans les îles, à étendre le plus possible le cercle de ses relations avec des confrères, et à enrichir de son mieux ses connaissances, par l'expérience personnelle. La haute idée qu'il s'était faite de la vérité et de la dignité de sa science, lui faisait dédaigner tout charlatanisme et tout artifice. Il n'était, dit-il, jamais entré dans sa pensée de viser à l'effet auprès du grand public, ni de briguer les applaudissements des beaux parleurs, condition à laquelle il ne lui eût pas été moins facile qu'à

' Aristide, ad Capitonem, p. 315 Jebb; éd. Dindorf, II, 415. — Artémidore, II, 70, etc,

- Artémidore, IV, 2 ; éd. Reiff, p. 318, etc., et I, proœm., au commencement.

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