LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
maux*. Même les deux demi-dieux fils d'Esculape étaient apparus à nombre de gens, à Épidaure et en d'autres lieux *.
Mais, comme il va sans dire, le grand miracle, oîi les dieux, opérant des guérisons, descendaient eux-mêmes auprès des personnes implorant leur secours, était aussi dans le monde païen le plus rare, et d'ordinaire les cures ne s'opéraient que par le moyen de songes, indubitablement aussi chez nombre de malades qui n'avaient point dormi dans les temples. Artémidore s'est appliqué, dans un chapitre spécial, intitulé : Des ordoiinances^ de ramener également ce miracle à sa juste valeur, en le dégageant des accessoires d'ornement destinés à en rehausser l'éclat dans l'imagination des croyants, mais qui, dans le sentiment d'Artémidore, étaient indignes du caractère sublime des dieux. c( Relativement aux ordonnances, » dit-il % c'est-àdire au traitement ordonné en songe par les dieux aux hommes, dans leurs maladies, il est inutile de nous tourmenter de questions; car bien des malades ont été guéris par des ordonnances, à Pergame, à Alexandrie et dans d'autres lieux, et beaucoup se croient des puits de science médicale : « or, voilà que l'on rapporte des ordonnances ridicules et absurdes, qui n'ont jamais été rêvées, mais sont purement imaginaires. Ainsi auraient été, par exem* pie, ordonnés en songe à un malade des « nègres mordants », ce qui voulait dire des grains de poivre noir, à un autre du « lait de vierge » et du « sang d'étoiles » , autrement dit de la rosée, etc., etc. Les gens qui ima-
» Origène, Contre Celse^ III, 24.
* Aristide, Or., VU, éd. Dind., I, p. 78.
' Artémidore, IV, 22.
ginent ces choses-là montrent qu'ils ne comprennent rien à l'amour des dieux pour les hommes. Les prescriptions données réellement par les dieux, dans les songes, sont simples et exemptes d'énigmes: ils prescrivent des onguents et des frictions, des potions et des aliments , en les dénommant comme nous le faisons nous-mêmes; leur arrive-t-il une fois de revêtir une prescription de la forme énigmatique, les énigmes y sont toujours facilement intelligibles. Une femme, par exemple, qui avait une inflammation de poitrine, rêva qu'elle se faisait teter par un mouton : elle mit sur la partie malade une herbe qu'on appelle langue de mouton, et elle guérit. Ainsi, on trouvera toujours que les cures prescrites ne contiennent absolument rien qui soit en contradiction avec la médecine rationnelle, que par conséquent les révélations divines concordent parfaitement avec les résultats certains de la science. Ainsi par exemple Fronton, ce consulaire et écrivain bien connu, qui, souffrant beaucoup de la goutte, avait demandé dans ses prières l'indication d'un traitement, rêva qu'il se promenait hors de la ville ; et son état subit effectivement une amélioration considérable, par suite de promenades incessantes. Galien dit qu'à beaucoup de personnes, souffrant des suites de trop fortes émotions, Esculape avait prescrit d'écrire des odes, des chansons et des farces ; à d'autres l'équitation, la chasse et l'exercice des armes, avec accompagnement d'instructions précises sur la manière de procéder à chaque exercice en particulier \
Beaucoup d'inscriptions, sur des pierres romaines, qui remercient du recouvrement de la santé, se rapportent évi-
1 Galien j éd. K., VI, 41 ; ibid.i 869.