LIVRE XT. LA SITUATION RELIGIEUSE
cas OÙ un entrepreneur de constructions, faites par ordre de l'empereur et pour le compte de l'État, remercie, on ne sait trop pourquoi précisément, « la bonne déesse, sainte et céleste », plutôt que toute autre, d'avoir terminé, avec son aide, les travaux de la conduite souterraine d'un bras de l'aqueduc Glaudien, et lui témoigne sa reconnaissance par la restauration d'une vieille chapelle, qui tombait en ruines \
Il va sans dire et l'on comprend que, dans une infinité de cas^ on préférât adresser sa prière et ses remercîments à des divinités nationales et locales, plutôt qu'à celles dans la sphère de puissance propre desquelles tombait l'effet sollicité. Ainsi, à Smyrne,.il y a un exemple d'actions de grâces, pour la délivrance du fléau d'une épidémie, adressées non pas aux dieux de la médecine, mais au dieu du fleuve Mélès^ Mais, non-seulement les indigènes, les étrangers aussi révéraient, naturellement, la divinité dans le ressort de laquelle ils séjournaient, et se recommandaient à sa garde. Un officier de la maison impériale, T. Pomponius Victor, qui avait son poste de procureur des domaines impériaux à Axima, dans les Alpes grecques, sur la route de Lément à Aoste, et probablement aussi l'obligation de faire de fréqilentes tournées de service, adresse une charmante prière de recommandation et de remercîment, en vers, au dieu des forêts, Silvain, dont l'image était renfermée dans le creux d'un chêne sacré, chapelle naturelle affectée à cette destination dans ce canton forestier*.
* Orelli, 1523 (en l'an 88 de notre ère).
' Orelli, 1013. » Puisque ta faveur divine qui porte bonheur, » dit-il au dieu, « m'a toujours protégé dans mes voyages, par monts et par
Nous avons déjà parlé de l'adoration des divinités locales non romaines , dans les provinces occidentales et septentrionales, par les Romains établis ou trafiquant dans ces provinces. Parmi les divinités celtiques, une des plus grandes était le dieu Bélénus, identifié par eux avec Apollon, et dont le culte ne dominait pas seulement dans tous les pays habités par des Celtes, mais était même très-répandu bien au-delà, chez les Romains aussi, comme l'attestent des inscriptions votives, trouvées depuis Autun et Vienne jusqu'à Venise et Aquilée^ Or, quand en l'an 238 l'empereur Maximin assiégea la ville d'Aquilée, avec toutes ses forces, le courage des défenseurs de la place fut soutenu par la confiance qu'ils avaient dans le secours de ce même dieu indigène, Bélénus, dont les assiégeants aussi virent souvent la figure planer sur la ville, dans les airs. Hérodien ne veut pas décider si elle leur était réellement apparue, ou s'ils avaient voulu seulement échapper, par la fiction du secours miraculeux, à la honte de leur défaite. Cependant cet historien ajoute : « L'issue tout à fait inattendue permet de tout croire ^ » Or, une fiction volontaire aussi prouve, en pareil cas, combien était répandue la croyance à l'aide visible des dieux, puis(Jue autrement cette fiction n'aurait eu aucun sens.
De même les voyageurs et les pèlerins adressaient, en pays
vaux, à travers les Alpes, comme quand je suis l'hôte du bois odorant qui t'est consacré, ou que j'administre la justice et le droit, au service de l'empereur, protège aussi mon retour, ainsi que celui des miens, à Rome, et permets que nous cultivions, sous ta garde, notre champ dans la fertile Italie ; si tu y consens, je te ferai volontiers l'hommage de mille grands arbres, pour ton culte sacré. «
* Mone, Histoire du paganisme dans l'Europe septentrionale, 416, etc. (en allemand).
. 2 Hérodien, VII, 3, 3. — Vie de Maximin, ch. xxii.