LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
étranger, leurs prières aux dieux locaux, et ne manquaient pas de faire leurs dévotions en chaque place consacrée à ces divinités. De pieux pèlerins, dit Apulée, s'arrêtaient partout où ils rencontraient, sur leur chemin, un bois sacré ou un autel garni de fleurs, une grotte ombragée de feuillage, un chêne avec l'appendice de cornes provenant d'animaux immolés dans un sacrifice, un hêtre paré des peaux de ces victimes, un tertre mis en clôture, un tronc d'arbre duquel la hache avait façonné une image, un gazon fumant d'offrandes, une • pierre aspergée d'essences de senteur \ Si l'étranger se croyait déjà obligé de faire ses dévotions à ces foyers d'un culte champêtre de la plus grande simplicité, à bien plus forte raison les grands phénomènes de la nature avaient-ils, comme manifestation de la puissance divine, un prestige irrésistible, qui invitait h l'adoration. « Au plus puissant Jupiter et au meilleur, au génie de la localité et au Rhin » , porte l'invocation d'un vœu fait, par un volontaire, de l'armée romaine, à Rémagen , aux termes de l'inscription d'une pierre, posée en l'an 190, et qui n'est pas la seule de ^espèce^ Mais partout, sans doute, où l'on se trouvait, à l'étranger, exposé aux dangers et aux vicissitudes des voyages, on se souvenait doublement des dieux '^, naturellement aussi de ceux de la patrie. Une pierre d'Urbisaglia a conservé la mémoire d'un présent qu'un affranchi impérial, T. Flavius Maximus, avait envoyé de l'Orient « aux dieux et déesses d'Urbs SalviaS). On se sentait, toutefois, plus directement sommé d'adorer les dieux qui étaient proches, et do là
• Apulée, Florldes, 1, 1.
'Orelli, 1050; voir aussi 1051, 40î).
♦ Orelli, 1870.
vient que les inscriptions de voyageurs, se recommandant à la garde et à la grâce des divinités particulières aux pays visités par eux, sont si nombreuses. Ce sont les sanctuaires antiques de l'Egypte, avec leurs bâtiments et figures à dimensions colossales, qui semblent avoir produit l'effet le plus foudroyant surTesprit religieux des visiteurs étrangers, comme l'attestent les inscriptions de voyageurs gravées dans la pierre des temples, des obélisques, des pylônes, etc., de la plupart des localités des deux rives du NiP. A Talmis (Kalabsché), en Nubie, on voit en l'an 84 un certain nombre de centurions et de soldats romains, d'un détachement commandé pour ce poste, faire offrande de leurs hommages au dieu du soleil, Mandulis, révéré dans la contrée, au moyen d'une inscription placée dans le porche de son temple ^
Cependant, les dieux étaient .naturellement invoqués, souvent aussi, pour la spécialité de leur action particulière, aux endroits déterminés oîi ils l'exerçaient. Ainsi par exemple à Alba Julia (aujourd'hui Garlsbourg sur la Marosch, en Transylvanie), un vétéran romain s'acquitte, tant en son nom qu'en celui de sa femme et de sa fille, d'un vœu fait, pour le recouvrement de la vue, à la suite d'une vision nocturne, envers Esculape, Hygiée et les autres dieux et déesses de cet endroit, ayant le pouvoir de guérira C'est que, dans bien des cas, Tefficacité de Taide du dieu était limitée à une certaine localité. Ainsi, les remercîments des malades ayant trouvé leur guérison dans un lieu de bains , s'adressent, comme il va sans dire, aux nymphes delà source qui y fournit les eaux, et dans beau-
» Franz, £/^wi. épigr., p. 336.. etc. — c. i. g., 4832, etc. ' c. 1. G., III, 5042, etc. ; voir aussi 5039. 3 orelli, 1580.