LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
coup de bains on a trouvé des tableaux votifs, provenant de visiteurs romains : dans l'île d'Ischia, entre autres^ où il y en a un grand nombre, pour Apollon et les nymphes des sources contenant du nitre*. Un tableau votif découvert près des eaux thermales de Vif, est consacré aux esprits du feu éterneP. Aux bains que l'on appelle encore aujourd'hui bains d'Hercule, à Méhadia, près d'Orsova dans le Banat, les remercîments s'adressent à Hercule, le dieu du salut, comme ayant fait, dans ses courses à travers le monde, la découverte salutaire de toutes les sources thermales\ Un chasseur, que les bains de la Solfatare, près de Tivoli, avaient délivré d'une tumeur articulaire, suite d'une blessure que lui avait faite la dent d'un sanglier d'Étrurie, fit ériger sa statue équestre, en marbre,, près de la source bienfaisante, pour remercier la divinité qui y présidait de l'avoir remis en état de monter à cheval*.
On remerciait aussi les nymphes de la découverte de sources nouvelles, quand on n'adorait pas, comme divinités spéciales de celles-ci, des nymphes de nouvelle date ou de nouvelle découverte; de même, lors de la réapparition d'un filet d'eau qui semblait tari ^ Un magistrat de Lambessa, en Numidie, consacra un autel à une nymphç, pour témoigner particulièrement son plaisir de ce que, dans l'année d'exercice de sa charge, elle avait, suivant son expression , « richement arrosé de son onde notre ville de Lambessa *. » Près des anciennes carrières de
« Mommsen, i. k. n., 3513, etc. — Preller, Mythologie romaine^ 523, 4,
* Heozen, 5689.
^ Orelli, 1560, etc.
*l. H. If., 7146.
» Orelli, 1632, 1634, 1637.
* HeozeD, 5758 a.
2rî0 CIVILISATION ET MŒURS ROMAINES.
marbre de Martignac, à proximité des Pyrénées, un tableau votif exprime à Silvain et aux esprits des monts numidique's, les remercîments de deux entrepreneurs romains, qui avaient réussi les premiers à faire couper dans ces carrières, et à en exporter, des colonnes de vingt pieds de long ^ Même cet officier de cavalerie qui, servant dans l'île de Bretagne, s'acquitta d'un vœu fait à Silvain pour faciliter la capture d'un sanglier redoutable, qui avait échappé aux poursuites de beaucoup de ses devanciers ", se figurait certainement le dieu des forêts comme habitant cette forêt en particulier. Des inscriptions trouvées dans des localités diverses, en Espagne, remercient la déesse de Turobrige du recouvrement de la santé de leurs auteurs; mais il y aaussinui habitant d'Émérite, enLusitanie, s'adressant à elle pour la prier de punir un voleur, qui avait emporté six tuniques, deux pardessus en toile de lin, une chemise, etc. ^
Si le nombre des dieux que l'on invoquait dans des lieux déterminés, ou dans tous les cas, ou du moins de préférence, était extrêmement grand, puisqu'il devait au moins égaler celui des sanctuaires et foyers du culte entourés d'une certaine considération, on sollicitait pourtant aussi partout, d'autre part, de chaque dieu l'aide ou le don que , dans l'opinion des hommes , il était le mieux à même de procurer. Gela ne s'applique pas seulement aux grands dieux, mais également aux petits, et même aux plus insignifiants. Même le culte de ces innombrables génies, gardiens et auxiliaires de l'ancienne religion
* Herzog, Ga^^ia A'ar&., app. 283 (Henzen, Bull., 1862, p. 142, etc.).
2 Orelli, 1603.
3 c. I. L., II, 462.