‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 121 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

romaine, de ces puissances dont l'action était restreinte à des cas déterminés, ou ne s'étendait que sur un domaine étroitement circonscrit, et dont la religion chrétienne attribua les fonctions à des anges, persista longtemps éous des formes multiples*. Naturellement, il ne faut pas s'attendre à voir produire de nombreux témoignages de l'adoration de génies tutélaires aussi subalternes, et n'agissant que par moments. Cependant, Tertullien assurant que le jour auquel l'enfant avait réussi, pour la première fois, à se tenir debout sur ses jambes , était toujours encore consacré à la déesse Statine% on peut admettre que d'autres encore de ces divinités, gardiennes des moments les plus importants de la vie humaine, continuaient à vivre dans la foi populaire. Les rouliers et les muletiers n'avaient pas cessé de jurer par Épone , la déesse des chevaux, qui avait ordinairement sa petite chapelle dans une niche de la principale poutre de soutien du plafond de l'écurie. On y parait son image de guirlandes de roses et d'autres fleurs, les jours de fête, et il existe encore des sculptures qui la représentent, exécutées pour des écuries '\ Aux endroits oiî des vapeurs malignes ou suffoquantes s'élevaient du sol, comme aux environs de Bénévent, de Crémone et d'autres lieux, on adorait la déesse Méphitis *.

Mais, quel que fût l'attachement du peuple pour ces innombrables divinités officieuses, qui, avec leur action restreinte, mais exactement définie , et par cela même

' Tcrlullien, De anima^ c. xxxvii : Nos officia divina angelos (l.angelis) credimus. /

« Ibidem, c. xxxix.

"» Preller, Mythologie romainCf 594, etc. * Ibidem^ 522, etc.

aussi très-nettement appréciable, étaient plus rapprochées d'une partie des croyants, et répondaient mieux au besoin du commerce avec le monde surnaturel, chez ceux-ci, que les dieux supérieurs, dont la toute-puissance et la majesté tenaient le cœur humain à une distance respectueuse, commandée par la crainte : ces grands dieux, comme les plus puissants, gouvernant le monde et tout particulièrement chargés du rôle actif de la Providence, n'en restaient pas moins, toujours encore^ ceux pour lesquels on avait partout la plus grande vénération, et que l'on invoquait le plus généralement. Partout le soldat priait le père Mars^, le marin, î^eptune^, le marchand et l'industriel, ainsi que le bon père de famille. Mercure, le dispensateur des gains aléatoires et le conservateur des profits"; le cultivateur, Gérés \ les femmes enceintes près d'accoucher, Diane etLucine^; les amoureux séparés (en Grèce du moins), le dieu de l'amour. Dans un dialogue de Plutarque, un des interlocuteurs raconte comment ses parents, peu de temps après leur mariage, qui avait été longtemps retardé par une brouille de famille, firent le pèlerinage de Thespies, pour y offrir un sacrifice à Gupidon, en exécution du vœu qu'ils en avaient fait, des deux parts ^ Les dieux étaient invoqués d'autant plus fréquemment que la sphère de leur puissance était plus étendue, et leur culte l'objet d'une vénération plus générale. En Orient, on invoquait, dans tous les cas de détresse de terre et de mer,

* Orelli, 1348.

» Ibid., 1336/ 3 Ibid., 1404.

* Horace, Sat.y II, 2, 124.

5 TertuUien, De anima, c. xxxix.

* Plutarque, Jmator., c. ii, 1.

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