LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE
au fort des périls de la tempête et dans les maladies, Hercule rinvincible, qui avait su triompher de tous les périls et des plus terribles dangers ^ Cependant les prières les plus nombreuses étaient, sans doute, adressées au dieu suprême ^ On voyait en lui, dans ces prières, le maître du tonnerre, de la foudre, des orages célestes et du ciel dans sa sérénité ; dans les temps de sécheresse prolongée, des processions de femmes, marchant nu-pieds et les cheveux épars, se rendaient sur quelque hauteur pour le prier de faire tomber de l'eau ^ C'est au haut des montagnes surtout qu'on le sentait proche et qu'on rendait hommage au Jupiter du Vésuve, de l'Apennin, etc. Au haut du passage du grand Saint-Bernard, district dont les habitants révéraient, au temps d'Annibal, le dieu Pénin%il y avait, entre l'emplacement de l'hospice actuel et le lac, 'un temple de Jupiter. On y a trouvé plus de trente tables votives de bronze, de soldats et d'autres voyageurs romains, posées là en acquittement des vœux faits par eux au suprême et très-bon Jupiter Pénin, pour un heureux voyage d'aller et de retour ^ Mais sa volonté toute-piîis- •sanle ne gouvernait pas seulement la nature, il était en même temps le suprême directeur des choses divines et humaines, le maître des destinées % et comme tel gardien, conservateur, vainqueur, dieu des batailles et pacificateur général, dernier exécuteur de toute entreprise, sauveur dans tous les cas de détresse et de danger. Il n'y
* Lohcck, À (jlaopham., [t. 1172.
* HenzcnOrelli, Index, p. 31, etc.
^ Pétrone, Satiricon, 44. — Preller, Myth. rom.^ 173, l ^ Tile-Live, xxi, 38, etc.
* Promis, Antichilà d'Aosta, p. fil, etc. " Orelli, 1269,
254 CIVlLISATlOiN ET MŒURS ROMAINES,
avait pas de souci, grand ou petit, d'intérêt public ou privé, qu'on ne recommandât à l'attention de sa bonté divine, pas d'événement dans lequel on ne crût pouvoir reconnaître une manifestation de sa toute-puissance. Un haut fonctionnaire de rang sénatorial s'acquitte d'un vœu fait à Jupiter, en Gampanie, pour l'y avoir sauvé d'un danger imminent et lui avoir fait recouvrer la santé * ; un intendant de la maison aristocratique des Rosciens lui en fait un, pour qu'il daigne rester le conservateur des biens de cette famille, aux environs de Brescie ^
Dans la ville étrusque de Tuder, «un abominable esclave de la commune » s'était avisé un jour d'user d'un exécrable artifice, en enfouissant dans une tombe un tableau portant les noms de tous les décurions ou conseillers municipaux de la ville, pour les vouer ainsi aux dieux de l'enfer. Mais le Dieu suprême avait fait intervenir sa puissance pour amener la découverte de ce forfait , en livrer l'auteur au châtiment, et délivrer la ville, ainsi que la bourgeoisie , de l'appréhension des graves dangers qui la menaçaient^ Aussi, un affranchi particulièrement distingué par la ville fit-il un vœu pour la prospérité de celle-ci, du conseil municipal et de toute la population de Tuder, « au suprême et très-bon Jupiter, gardien et conservateur ^ »
1 Orelli, 1267.
2 Henzen-Orelli, 5619.