‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 123 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITLATIO.N RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITLATIO.N RELIGIEUSE

Il serait sans utilité de multiplier ces exemples, empruntés aux inscriptions conservées sur des pierres romaines, ceux que nous avons choisis suffisant pour mettre en évidence la nature de la foi de ce temps-là en une providence, exercée par la divinité. La multitude et la diversité de ces pierres, répandues dans toutes les parties du monde romain, autorisent généralement la supposition que la foi dont elles témoignent ne l'était pas moins, même en accordant qu'une bonne partie de ces monuments peut très-bien provenir d'incrédules ou d'indifférents, qui avaient à cœur d'aider à la conservation des formes du culte donjinant, en ayant Tair de le reconnaître, ou voulaient seulement éviter de se mettre en contradiction avec elles. Mais des concessions ou des accommodements pareils n'avaient de raison d'être que vis-à-vis d'une foi dont la domination fût incontestée. De plus il n'existe, dans toute la littérature grecque et latine de cette période, pas un seul témoignage contestant le fait de cette domination, tandis qu'elle en offre d'irrécusables , en assez grand nombre, qui le confirment expressément. Il est vrai que les grands progrès de l'épicurisme autorisent l'opinion que le nombre des gens qui niaient la providence était considérable ; mais il y avait la même impossibilité, en ce temps-là comme en tout autre, môme pour l'observateur le plus attentif et le plus clairvoyant, de déterminer, ne fût-ce qu'approximativement, le rapport eiitre le nombre de ces incrédules et celui des croyants; et les expressions vagues des auteurs qui parlent de la situation religieuse du monde contemporain ne nous disent rien que nous ne sachions

déjà. Quand Pline dit qu'une partie des hommes ne tiennent aucun compte des dieux, que l'on se borne à révérer comme une divinité l'aveugle hasard, et Juvénal que, d'après bien des gens, tout dépend du hasard, que ce n'est point un directeur suprême, mais la nature qui règle la marche des choses^ dans l'ordre cosmique \ ou le juif Philon que, dans l'opinion de beaucoup de personnes, tout dans le monde se meut sous Timpulsion spontanée de forces internes sans direction supérieure, que les lois et les mœurs, les droits et les devoirs des hommes, ont été uniquement et exclusivement déterminés par la raison humaine ^ ce ne sont là que des paraphrases inexactes de la doctrine épicurienne, que Tacite aussi oppose, comme l'opinion d'après laquelle le hasard présiderait aux choses humaines, à la foi des stoïciens dans la providence ^La.croyance à un destin immuable, de la large propagation de laquelle il témoigne aussi bien que Pline-, n'exclut nullement la foi dans une providence ; aussi Técole stoïcienne, notoirement, savait-elle unir l'une à l'autre. Chez Plutarque aussi, qui, dans un traité spécial. De super stitione^ présente la superstition et l'incrédulité comme les deux grandes aberrations, en sens opposé, de la vraie piété, il faut par athées principalement entendre des épicuriens. Il ne fournit aucune indication sur le rapport numérique entre eux et les croyants ; mais, si cet auteur, dontl'esprit religieux touchait de si près à la superstition, dans ses tendances personnelles, n'en regarde pas moins l'athéisme comme le moins nuisible de ces deux genres d'erreur, il n'est guère

' Juvénal, XIII, 86.

2 Philon, tome I, p. 262 Pfeiff.

^ Tacite, Annales, VI, 22.

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