‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 125 sur 241 · LIVRE XI. — LÀ SITUATION RELIGIEUSE. 2o · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LÀ SITUATION RELIGIEUSE. 2o

ciens dieux, provenant de la fusion des deux religions, conserva généralement son empire, nonobstant la considération à laquelle étaient, postérieurement, arrivés les nouveaux dieux, et que son autorité sur les âmes, malgré cette promiscuité, ne tardait jamais à se rétablir : voilà ce qui, nous le croyons du moins, ressort également de notre exposé.

Pour terminer, il ne nous reste plus qu'à considérer le culte, dont on ne saurait taxer assez haut l'influence fortifiante et vivifiante, nécessaire pour relever et ranimer la foi. Même une inondation complète de l'Occident par les religions de l'Orient n'eût pu déraciner la croyance aux anciens dieux, tant que leurs cultes, intimement liés à toute la vie publique et privée, dont ils servaient à consacrer et à solenniser tous les moments considérables, et continuant à occuper ainsi qu'à captiver, de toutes les manières, l'esprit, l'âme et l'imagination, persistaient partout dans les formes traditionnelles. Tant que partout les temples, « plus augustes par la présence en personne des divinités qui les habitaient, que distingués par la magnificence des ornements et enrichis d'offrandes*», invitaient le monde à la prière; tant qu'une multitude de solennités et de cérémonies religieuses de toute espèce, telles que sacrifices, processions , visitations en prière, spectacles, ne cessaient de rappeler, avec insistance, au

* Minucius Félix, ch. vu.

souvenir des hommes la puissance, la grandeur et la splendeur des dieux, ainsi que les liens existant entre l'humanité et la divinité, il n^était pas possible non plus que la foi s'écartât des chemins que lui traçait une tradition vénérable et séculaire, éprouvés par des générations innombrables comme ceux de la vérité.

Non-seulement la persistance de tous les cultes romains et grecs, jouissant d'une considération majeure , jusque dans les derniers temps de l'antiquité, est un fait incontesté, mais aussi la conservation de cultes obscurs et locaux, ainsi que celle de maintes cérémonies, coutumes et formes devenues inintelligibles avec le temps^ est attestée, par des rapports nombreux, pour des pays si divers, qu'avec une vitalité à ce point tenace de la tradition religieuse, un amoindrissement essentiel et considérable du fonds de celle-ci, dans le cours des siècles, paraît inadmissible en général.

Le rituel romain conserva, en grande partie du moins, jusque dans les derniers temps de l'antiquité, des formes originaires d'une époque antérieure aux commencements de l'histoire romaine, et fondées sur les idées que l'on s'était faites des dieux dans la plus haute antiquité, idées qui régnaient dans le Latium longtemps avant que le polythéisme romain y fût débordé par le polythéisme grec. Dans les chants liturgiques, en partie inintelligibles même pour les prêtres ^, qui les entonnaient, année par année, suivant les prescriptions, les dieux étaient invoqués sous les noms, depuis longtemps en désuétude, que leur donnaient les colons primitifs des collines qui s'élèvent au bord du Tibre, et année par année

» Quintilien, I, 6, 40,

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