LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
Des cultes locaux, remontant à la nuit des temps, s'étaient maintenus, avec la même ténacité, bravant toutes les influences destructives, dans les autres parties de ritalie aussi. Ainsi celui de la déesse Cupra, sur la côte du Picénum, à laquelle Adrien encore fit ériger un temple, de Cures à Paieries et de Nortia à Volsinies^ ainsi que celui d'autres dieux, dont l'autorité, suivant l'observation railleuse de Tertullien ^, comme celle des magistrats municipaux des petites villes, oh on les révérait, s'arrêtait aux confins de la banlieue, bien que celle de certaines de ces divinités cependant, telles que Féronie, révérée principalement près de Terracine et du Soracte , s'étendît sur une grande partie de l'Italie ^
Nous connaissons, principalement par les œuvres de Plutarque et de Pausanias, ainsi que par les inscriptions des monuments, la multitude et la variété vraiment étonnante des cultes locaux, en grande partie aussi datant d'une haute antiquité, souvent bizarres et parfois grossiers, sanguinaires, horribles même, qui persistaient également en Grèce. Un certain nombre d'exemples caractéristiques suffira pour montrer quelle était encore l'exubérante richesse, ainsi que la diversité des cultes grecs, et avec quelle étonnante ténacité s'y maintenaient aussi des traditions remontant à la plus haute antiquité*. A Patras, la fête annuelle de Diane Laphrie était célébrée de la manière suivante. Autour d'un autel très-grand, qui
* PreWer^ Mythologie romainet 249, etc. ; 561, i. ' Apol.y 24 ; ad nation., W, 8.
^ Preller, 238, etc.; Ilenzea-Orelli, Ind., p. 27; Lanciani, Bull, de i., 1870, 26, etc.
* Herzberg, Histoire de la Grèce sous la domination romaine. II, 477, etc. (en allem.).
servait pour les sacrifices, on plantait en rond des troncs d'arbres verts, de seize coudées de long chacun, et dans l'enceinte de cette clôture on entassait des piles du bois le plus sec, en ménageant, par un terrassement, une ascension commode vers l'autel. Le premier jour avait lieu une procession magnifique, dont la prêtresse virginale de Diane fermait la marche, sur un char traîné par des cerfs. Le second jour était celui du sacrifice, auquel la commune et les particuliers se faisaient un devoir de contribuer à l'envi. Tous les animaux offerts en holocauste, comprenant des oiseaux comestibles, des sangliers, des cerfs, des chevreuils, des loups et des louveteaux, des ours et des oursins, étaient jetés vivants sur l'autel ; puis on mettait le feu au bûcher. Si parfois un ours ou quelque autre animal réussissait, par hasard, à se dégager et à rompre le cercle, on l'y ramenait aussitôt, et jamais il n'était arrivé qu'aucun homme fût blessé par un de ces animaux*.
Dans la même ville, on révérait une image de Bacchus, surnommé le a Justicier du peuple », renfermée dans un écrin qui, d'après la légende, avait été emporté de Troie, lors du sac de cette ville. Neuf hommes, choisis par le peuple parmi les plus notables habitants et autant de femmes, y faisaient le service divin. Dans une nuit à date fixe, lors de la fête du dieu, le prêtre sortait Fécrin du temple. Puis, tous les enfants de la ville se rendaient hors de celle-ci au fleuve Mélique, avec des couronnes d'épis , comme en portaient, d'après la légende, les enfants que, dans l'ancien temps, on immolait en sacrifice à Diane. Ils déposaient les couronnes aux pieds de Diane, se baignaient
t Pausanias, VU, 18, 7.