‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 129 sur 241 · LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE

pendant la nuit, en ayant soin de jeter en même temps, avec mystère, des victimes dans quatre fosses, pour modérer la fureur des vents, et d'accompagner cet acte du chant des mêmes exorcismes dont avait déjà, disait-on, fait usage Médée, l'antique magicienne \ Près de Trézène, il y avait, dans le voisinage du temple des Muses, un autel du Sommeil, auquel les gens y offraient des sacrifices, en même temps qu'aux Muses, le Sommeil étant, disaientilg, de tous les dieux le plus cher aux Muses. Mais le culte principal de Trézène était celui d'Hippolyte , fils de Thésée, qui y avait un temple, somptueux comme tout ce qui était compris dans son ressort. Cependant les gens de Trézène niaient qu'Hippolyte eût péri traîné par ses chevaux; ils affirmaient, au contraire, son ascension au ciel, oîi il serait encore visible dans la constellation du conducteur de char. L'office du prêtre affecté à son culte était viager; chaque année on célébrait une fête en son honneur, et de plus il était d'usage que chaque vierge, avant de se marier, se coupât une boucle, pour lui en faire hommage, et la déposât dans son temple ^

Ainsi, tout ce que nous savons de l'état religieux de la Grèce, jusqu'à la fin du deuxième siècle et de temps postérieurs même, concourt à l'impression que les anciens cultes indigènes n'y avaient subi aucun préjudice ni changement essentiel, par suite de l'intrusion des nouveaux cultes étrangers. Et cependant le service des divinités égyptiennes, Isis, Osiris et Sérapis, introduit depuis Tépoque des successeurs d'Alexandre le Grand, était extrêmement répandu, et considéré hautement, sur

' Pausaniag, II, il, f»; 12, 2 Ibidem, II, 31, :,; 32, 1.

le continent comme dans les îles de la Grèce*. Or, bien que le culte de Mithras soit le seul des autres cultes orientaux dont on y ait, jusqu'à présent, retrouvé des traces certaines, à Athènes et à Théra*, les plaisanteries de Lucien, sur le mélange bigarré de la société des dieux, font supposer néanmoins que bien d'autres dieux de l'Orient encore avaient trouvé des adorateurs, en Grèce; d'ailleurs Bendis, Anubis, Mithras, etc., n'assistent-ils pas à cette disputation sur la providence, dont il met la scène à Athènes? On peut admettre que les cultes de dieux étrang(Brs devaient s'y être multipliés, au moins dans les ports très-fréquentés tels que Corinthe , tandis que, dans l'intérieur du pays, tombé dans l'abandon et presque entièrement privé de l'avantage des relations internationales, les anciens cultes ont dû, naturellement, conserver un empire plus ou moins exclusif.

Ce qui n'est pas moins certain que la persistance d'innombrables cultes italiens et grecs d'ancienne date, dans ces temps de promiscuité, c'est que la participation régulière au service divin était partout générale, et que l'omission complète de la pratique des dévotions d'usage choquait, ou du moins frappait comme une singularité. A Athènes, le philosophe Démonax vit même des accusateurs s'élever contre lui, parce qu'on ne le voyait jamais sacrifier et que, seul, il ne s'était pas fait initier aux mystères d'Eleusis; cependant, il sut conjurer l'orage dont ils le menaçaient dans l'assemblée du peuple, où bien des gens avaient déjà ramassé des pierres, qu'ils étaient prêts à lancer contre lui^ L'accusateur d'Apulée, Sicinius Émilien,

' Herzberg, II, 267, etc.; 485.

2 Preller, Mythologie romaine, 757.

2 Lucien, Démonax, 11.

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