‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 130 sur 241 · HVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

HVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE

avait reçu à Oea, pour son irréligion manifeste, le surnom de. Mézence, « le contempteur des dieux » de VÉnéide de Virgile, .famais il n'avait adressé une prière à un dieu, ni mis le pied dans un temple, et, passait-il devant un sanctuaire, il ne pensait même pas à faire acte de dévotion, en y envoyant un baiser de la main. Même aux dieux du pays, qui l'habillent et le nourrissent, il se garde, dit Apulée, de payer le tribut d'une partie de sa récolte ou des prémices de son troupeau ; sur sa terre, il n'y a ni sanctuaire, ni bois sacré, ni la moindre place consacrée aux dieux ; ceux qui y ont été assurent même que, dans toute l'étendue de son domaine, on ne rencontre pas une pierre aspergée d'essences, pas une branche d'arbre ornée de couronnes*. Les progrès du christianisme, dans la province du Pont, devinrent, ainsi que le rapporte Pline le Jeune dans sa lettre connue àTrajan de l'an 112, surtout sensibles par l'observation du fait que les temples, ceux de la ville d'Amisus et des localités voisines les premiers sans doute, avaient été presque désertés, que l'on omettait la célébration des fêtes consacrées, et que la demande d'animaux pour les sacrifices avait cessé presque entièrement. Cependant , cet état de choses, aussi surprenant qu'inquiétant, au point de vue des idées de Pline, subit une amélioration, par suite des mesures qu'il prit contre les chrétiens'. On peut essayer de se faire une idée de l'énorme consommation d'animaux, pour les sacrifices, qui devait se faire dans tout l'empire romain, par ce renseignement de Suétone'' qu'en témoignage de Tallégresse gé-

' Apulée, Apol.^ éd. Oudend., ]1, p. ôl8, etc.

* Pline le Jeune, ad. Traj., Ufi, 10. — Mommsen, Hermèss lH, ôO* 3.

' Caligula^ ch. xiv.

nérale, causée par l'aYénement de Galigula à la direction du gouvernement, il y en eut, en moins de trois mois, plus de 160,000 d'immolés sur les autels, dans la ville de Rome seule, bien entendu.

Ce qui, au milieu de cette multitude de pierres conservées, avec les inscriptions qu'elles portent, résulte notamment de ces pierres, c'est que la piété des fidèles continuait, sans relâche, à témoigner de sa constante ferveur, par la construction et l'entretien de temples, qu'elle se plaisait en outre à orner d'images des dieux, ainsi qu'à pourvoir de dons, d' offrandes et de fondations de toute espèce. Même au temps que l'on a pris l'habitude de considérer comme celui de la plus profonde décadence de la religion, Lucrèce écrivait* que la crainte, inspirée par la foi religieuse et l'adoration des dieux, était toujours encore enracinée dans les esprits des hommes, faisait surgir de nouveaux temples sur tout l'orbe terrestre, et les remplissait, aux jours de fête, de nombreux visiteurs. On ne saurait, certainement, voir une preuve du déclin général de la foi dans le fait qu'à une époque de bouleversements incessants et de la plus terrible espèce dans FÉtat, sur la multitude de temples et de sanctuaires qu'il y avait à Rome, une partie fut ruinée à tel point que des particuliers purent, même sans y avoir le moindre droit, prendre possession des terrains sur lesquels ils étaient bâtis^; et si le nombre total des bâtiments de l'espèce ayant besoin de réparations, et effectivement restaurés par Auguste, en l'an de Rome 726, correspondant à l'an 28 avant Jésus-Christ, s'élevait à 82% on peut se demander s'il y a

' Marquardt, Manuel, IV, 75.

3 Mommsen, R. G. D. A., p. 58*

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