LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES
vasioh de Tabsurde dans les écoles de rhétorique ^ La faute en était, suivant un littérateur du temps de Néron, beaucoup moins aux maîtres qui, s'ils ne voulaient pas avoir des classes vides, étaient bien obligés de hurler avec les loups, qu'à la vanité des parents ^ Quant à la demande de l'exclusion de tous les thèmes « incroyables » et u poétiques» dans le sens propre du mot, Quintilien luimême la jugeait trop rigoureuse et irréalisable, puisqu'il fallait bien laisser aux jeunes gens quelque chose pour leur récréation et leur plaisir, à la condition toutefois que les sujets, pour être pathétiques et prêter à l'enflure, ne fussent pas, cependant, entachés de niaiserie et de ridicule. Les controverses n'étaient pourtant que trop souvent l'un et l'autre, au plus haut degré. Elles s'écartaient beaucoup de la réalité, quand elles n'étaient pas tout à fait en contradiction avec elle ; elles se forgeaient une règle de ce qui pouvait tout au plus être admis comme une exception, et s'agitaient sur la limite* extrême du possible, ou même au-delà de celle-ci. Avec le temps, l'école des rhéteurs se créa un monde de fantaisie à part, séparé de la vie réelle par un large abîme, infranchissable à défaut de tout pont. On y supposait l'existence d'un droit imaginaire, de lois imaginaires, impossibles même ; on admettait, par exemple, une action pour cause d'ingratitude, l'accusation d'un crime non prévu parla loi. Les personnes et les rapports en cause, dans ces fictions, n'étaient que des fantômes, et il ne venait à l'esprit de personne de les regarder comme des images de la réalité. On a trouvé étrange qu'aux époques
' Bernhardy, Histoire de la littérature romaine, 60, 214 et 215 (en allemand).
' Pétrone, Satir.f ch, m.
les plus néfastes du despotisme impérial, quand toutes les âmes pliaient sous le joug de la plus terrible oppression, et qu'il ne restait plus trace de la liberté de parler, les tyrans figurassent parmi les personnages stéréotypes des controverses, et les déclamateurs débitassent des discours respirant la haine et préconisant le meurtre des tyrans \ Mais ces tyrans, «qui rendaient des édits, autorisant les fils à décapiter leurs pères ^w^ étaient des créatures tout aussi inoffensives, parle fait, que les poupées d'un théâtre de marionnettes, et n'assassinaient que le professeur, c( quand il était obligé, dans la classe remplie, de laisser occire le tyran par chaque élève, à son tour S) . Si Galigula exila le rhéteur Secundus Carinas, pour le fait d'une pareille déclamation, si Domitien fit mettre à mort le rhéteur Materne, pour la même raison \ c'est qu'il n'y avait pas d'extravagance dont Galigula ne fût capable, et que Domitien ne reculait devant aucun prétexte de commettre un acte de violence ; les deux cas, sont dés exceptions tout à fait isolées, et rien ne porte à croire qu'ils aient eu la moindre influence sur l'usage de ces thèmes, oii les tyrans ont des rôles. Après ces effroyables tyrans, c'étaient de farouches pirates, pourvus de chaînes et les agitant avec bruit sur le rivage, qui étaient surtoutenfaveur, à l'école de rhétorique^ Ces monstres avaient parfois des filles aimables, comme dans le thème suivant ^ Un jeune homme, qui est tombé aux mains des pirates, supplie en vain son père, dans
* G. A. Schmidt, Histoire de la liberté de la parole et des croyances au I" siècle^ p. 424, etc. (en allemand).
2 Pétrone, Sa^ir., ch. i.
3 JuvénaljVII, I50,etc.
^ Dion Gassius, LIX, 20 ; LXVII, 12.
^ Pétrone, Satir., ch. i.
* Sénèque, Controverses, I, 6. .