‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 133 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

au culte même^ mais destinées à pourvoir à Tembellissement des temples, à ce qui pouvait en rehausser la magnificence, ou en accroître les trésors : ainsi un citoyen de Rhegium légua au temple d'Apollon de sa ville natale un livre en parchemin, dans une cassette d'ivoire, et dixhuit tableaux \ Les prêtres et les servants des temples n'étaient pas oubliés non plus, dans ces libéralités. Scévola^ interprétant la disposition testamentaire d'une dame, qui ordonnait à ses héritiers de donner 10 deniers ce au prêtre, au gardien et aux autres affranchis » d'un temple désigné, le jour oii se tenait une foire annuelle, qu'elle avait instituée près de ce temple, conclut à ce que ce legs fût considéré et servi comme une rente annuelle '. Rien dans tout le culte ne contribuait, indubitablement, d'une manière aussi puissante et en même temps aussi constante, à l'entretien et à l'affermissement de la foi que l'adoration des images, la contemplation de la divinité présente dans l'image, capable de s'emparer irrésistiblement même des âmes rebelles ou vacillantes, la possibilité d'adorer la divinité en personne et de communiquer en quelque sorte face à face avec elle ^. Bien qu'une partie des philosophes, comme Sénèque, repoussât le culte des images, d'autres, comme Maxime de Tyr, faisaient valoir, avec beaucoup de raison, que la faiblesse de la nature humaine, aussi distante de la divinité que la terre du ciel, avait, pour comprendre la divinité, besoin de signes frappant les sens, et dont bien peu d'hommes pouvaient se passer. 11 ajoutait que, de tous les symboles si divers des

' JHgcslcWWW, I, ?.0, 5 I.

» Zeller, III, 1, vn.

êtres divins, en usage chez les différents peuples^ le plus digne était la figure humaine, comme étant la plus semblable à Dieu \ Il n'est pas besoin de témoignages pour nous figurer comment la foi naïve des masses transformait, instinctivement et sans s'en douter, dans leur esprit, l'image en le dieu même. Les dévots, venus pour faire leurs prières, s'arrangeaient avec le servant du temple pour être placés le plus près possible de l'oreille de l'idole, afin d'être mieux entendus % et lui adressaient ainsi, en chuchotant, les prières et les vœux dont ils désiraient garder le secret^ ; ils attachaient les tables de cire, sur lesquelles étaient consignés leurs vœux, aux genoux de l'idole, pour que le dieu n'oubliâtpas la chose qui leur tenait à cœur *, et il leur arrivait aussi, quand leurs prières n'étaient pas exaucées, de faire pâtir les images de leurs accès de colère. On proférait alors des imprécations et des menaces contre les dieux tout aussi bien que depuis, dans la chrétienté, contre les saints ^ Les gens de la campagne, par le mauvais temps, et les navigateurs, à l'approche de la tempête, pestaient contre Jupiter ^ On ne sb contentait même pas toujours de jurons. De même que les anciens Arcadiens rossaient leur dieu Pan, quand ils revenaient delà chasse les mains vides, que le lazzarone de Naples invective et foule aux pieds les saints dont il est

> Maxime de Tyr, Diss., VIII.

' Sénèque, Lettres, 41, 1. I

' Jahn, ad Pers., II, 4, etc.

* Interprètes ad Juvenalem (X, 55), et ad Jpul. Apol., p. 515, Oudend.

* R.uckert, Histoire de la civilisation du peuple allemand, II, 196, etc. (en allem.).

« Épictète, Diss., III, 4, 7.

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