‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 134 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

mécontent, que l'Espagnol jette sa virgen dans l'eau', le désespoir et la rage de la douleur poussaient aussi, du temps de l'empire romain, à maltraiter les images des dieux. Quand, après les premières nouvelles inquiétantes delà maladie de Germanicus, le bruit de sa convalescence se répandit à Rome, tout le monde, malgré l'heure avancée du soir, se porta en foule , avec des lumières et des animaux pour les sacrifices, au Gapitole, et l'on força presque les portes du temple, chacun ne croyant pouvoir assez prornptement s'acquitter de son vœu. Le jour de sa mort, au contraire, des pierres furent lancées contre les temples , les autels des dieux renversés , les lares de la maison même jetés dans la rue, par maintes gens*.

Il n'est guère possible de déterminer au juste jusqu'oiila foi populaire, dans sa grossièreté, était capable de poursuivre et de porter l'identification de l'image avec la divinité. Ce qui excita à un si haut point l'indignation de Sénèque, lors d'une visite d'occasion qu'il fit au Gapitole ^ ce furent et les vieilleries du rituel et la puérilité, incompréhensible pour ce philosophe, d'une foi qui prenait l'image pour la divinité même. 0^ les manifestations de cette foi n'étaient certes guère plus étranges ni plus risibles que celles dont il a été fait mention jusqu'à présent. D'après l'antique coutume religieuse, les services de plusieurs personnes étaient affectés au culte des dieux du Gapitole ; Jupiter y avait son licteur attitré, un serviteur pour dire

' Mayer, Naples et les Napolitains ; Meiners, Histoire de toutes les religions, I. 182; Schœmann, Antiquités grecques, II, 107 (tous les trois en allemand).

' Suétone, Caligula, ch. v, etc.

» Séncque dans saint Augustin, Civ. Dei, VI, 10; éd. Haase, III» p. 'iXC; voir aussi Preller, Mythologie romaine, 128, 1.

les heures de la journée, un autre pour l'oindre. De même que ce dernier ne faisait que simuler cette opération, en agitant ses bras dans l'air comme un pantomime, de même les servantes des temples de Junon et de Minerve ne faisaient également que gesticuler des mains, comme pour coiffer ces déesses, pendant que d'autres servantes leur présentaient le miroir. Les gçns, au contraire, qui invitaient les dieux à comparaître en justice à leurs termes, leur soumettaient leurs requêtes et leur exposaient leurs affaires, étaient évidemment des suppliants, qui priaient la divinité de leur porter secours. Sénèque vit même au Gapitole des femmes qui, se croyant, sur la foi de songes probablement, aimées de Jupiter, s'y étaient assises, pour attendre la signification de la volonté du dieu. Gomme toute adoration d'images, dans sa forme la plus humble, celle du temps qui nous occupe avait donc aussi pris le caractère d'une grossière idolâtrie.

Ainsi, les croyances du polythéisme suffisaient toujours encore, à cette époque de l'antiquité, aux besoins religieux du genre humain, en affectant, pour répondre à la diversité infinie des directions qui s'y manifestent, ainsi qu'aux innombrables gradations du développement de la conscience spirituelle, une diversité de formes tout aussi grande. Quel que fût le contraste de la foi d'un Plutarque et d'un Marc-Aurèle à celle des marins et des paysans s'exhalant en jurements contre Jupiter, par le gros temps, les uns et les autres n'en croyaient pas moins fermement aux mêmes dieux, à leur puissance et à leur sollicitude pour l'humanité, et la différence entre les formes les plus disparates de la foi du temps n'était pas plus grande qu'entre l'intelligence la plus haute et la plus vulgaire des choses divines, au sein du christianisme.

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