CHAPITRE II
Le MoDothélsme.
§ 1 . — Le monothéisme en général et le judaïsme.
Le monothéisme opposé au polythéisme. — Différence entre la position du judaïsme et celle du christianisme à l'égard du polythéisme. — Dispersion des juifs dans l'ancien monde. — Établissements formés par eux dans les pays d'Orient, en Italie et dans les pays d'Occident. — Position des juifs dans l'État et dans la société. — La haine des juifs. — Puissance d'attraction du judaïsme. — Ils jouissent de la liberté religieuse sans être gênés dans leurs conversions jusqu'au règne d'Adrien.
La force expansive du polythéisme rencontra une barrière dans l'esprit sévèrement exclusif et intolérant des religions basées sur le monothéisme, avec lesquelles il n'y avait pas de composition possible. Ce qu'il y avait de plus haut et de plus sacré pour ceux qui professaient la croyance aux dieux, le judaïsme comme le christianisme le condamnait comme abominable, exécrable et entraînant la perdition des âmes. Chez les juifs, dit Tacite ', tout ce qui est sacré pour nous est impie, tout ce que nous regardons
• Hitt., V, 'k.
comme impur, licite en revanche. Les dieux que priaient les gentils étaient, pour les juifs, des idoles mortes ou des esprits malins (démons)*. Aux yeux d'une religion qui ne parvenait à saisir la divinité que sous une multiplicité et une diversité infinies de formes, la négation de tout ce qui est divin constituait souvent, en apparence, le fond essentiel du christianisme, ce qui en faisait considérer les doctrines comme blasphématoires et athées. Les chrétiens et les athées étaient, pour ceux qui croyaient aux dieux, des ennemis de leur foi également détestés , placés sur la même ligne et souvent confondus sous la même dénomination'\
Les deux religions basées sur le monothéisme n'entrent en considération pour nous, comme sujet d'examen, qu'en raison du contraste et des rapports d'influence mutuelle qui existaient entre elles et le paganisme. Il est indispensable, pour l'essai d'un rapprochement qui puisse donner un aperçu général de la situation religieuse de l'empire romain, dès les premiers temps de celui-ci, d'indiquer la position qu'elles avaient dans cet empire, embrassant le mondé, et les circonstances capitales qui favorisèrent ou entravèrent les progrès de leurs doctrines. Cependant on ne pourra, dans ces considérations, qu'effleurer les points les plus saillants des phénomènes qui se rapportent à un pareil sujet.
Les rapports de la situation des deux religions, fondées
' Voir, sur les croyances populaires des juifs et ce que Philon pensait du paganisme, Zeller, Histoire de la philosophie, 111, 2, 298, et Selig Cassel, article Juifs (historique), dans VEncyclopédie d'Ersch et Gruber, p. 20, etc.
* Lucien, Alexandre, 25 et 37; Saint-Justin mart., Apol., 1, 6, 13; Eusèbe, Hist. eccL^ IV, 16.