‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 136 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

sur la croyance à un seul dieu, vis-à-vis du polythéisme, étaient très-différents. Quoique toutes les deux fussent unanimes, dans la condamnation absolue et sans restriction du paganisme, le christianisme seul avait, par le fait, une attitude hostile à l'égard du paganisme. Le judaïsme, ce religion admirablement organisée pour la défense, mais qui n'avait jamais eu de destination conquérante * », s'isolait plutôt qu'il ne cherchait à s'étendre aux dépens du paganisme. Les communes juives, répandues partout et étroitement unies entre elles, ne laissèrent pas, il est vrai, que d'exercer une certaine attraction sur le paganisme, mais sans jamais porter à oelui-ci aucun préjudice qui pût en faire paraître l'existence comme menacée, et, malgré les froissements et les conflits qui eurent lieu dans l'occasion, le judaïsme vivait en général avec le paganisme sur un pied de paix. Le christianisme, au contraire, depuis le commencement, entra en scène, avec la pleine conscience de sa mission conquérante universelle dans l'histoire, et déclara au paganisme une guerre à outrance et à mort. Dès ses premiers débuts, de si faible apparence, alors que son importance future ne pouvait être que bien vaguement soupçonnée, l'opposition dans laquelle til s'était mis avec le monde et qui semblait le fond essentiel de sa nature, était interprétée comme « de la haine pour le genre humain » , à laquelle ceux qui croyaient en être l'objet répondaient, de leur côté, par une haine implacable. Plus la lutte dura, plus la religion encore dominante et en possession de la puissance temporelle sentait le terrain se dérober sous ses pieds, plus aussi cette hostilité s'accrut. Depuis la fin du deuxième siècle

' Gibbon, Hist., vol. II, cb. xv.

OU le commencement du troisième pour le moins, quand le flot montant du christianisme, après avoir inondé les couches inférieures de la population, gagna de plus en plus aussi les régions plus élevées de la société, on vit se répandre, parmi les partisans de l'ancienne foi, la tendance à rapporter la cause de tous les malheurs publics et de toutes les grandes calamités, à la colère qu'éprouvaient les dieux du déclin progressif de leur culte, ainsi qu'à rendre le christianisme et tous ceux qui le professaient responsables de ce courroux. Le Tibre avait-il débordé de son lit, le Nil ne s'était-il pas répandu sur les campagnes, le ciel s'obstinait-il à refuser la pluie, y avait-il un tremblement de terre, la famine ou une épidémie venait-elle à se déclarer, on entendait aussitôt retentir le cri : Les chrétiens aux lions * ! L'cvêque Pothin, un vieillard, expira à Lyon, sous Lucius Vérus, martyr des mauvais traitements qu'il eut à souffrir de tout le peuple, chacun étant frappé de l'idée que ce serait pécher grandement et faire acte d'impiété de ne pas s'associer à cet acte de violence brutale, ainsi que de la crainte d'encourir, en s'abstenant, le châtiment de ses dieux ^ Plus le temps marchait, plus on s'attachait à l'idée qu'une décadence générale du genre humain avait commencé, avec Tapparition du christianisme dans le monde \ Mais aussi, comme il fut prompt à venir, cet autre temps oii l'on se mit à considérer les erreurs des juifs et des païens comme la cause de la colère divine, et qu'ils se virent accusés,

> Tertullien, ApoL, ch. xxxvii, xl. — Voir aussi Gieseler, Hist. ecclésiastique, I, IS 253, et Tzschirner, Chute du paganisme, iSiy etc, (en allem.).

2 Eiisèbe, H. E.,Y, i, 3i.

3 Voir, par exemple, Arnobe, .4dv. gentes, I, 1.

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