LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
à leur tour, des mêmes maux et des mêmes calamités dont les chrétiens passaient auparavant pour être les auteurs M
La dispersion des juifs, dans tout le monde ancien, a été extrêmement utile à la propagation du christianisme, au début. Cette dispersion avait commencé de bonne heure, et était déjà très-avancée dans les premiers temps de l'empire. Strabon dit qu'il y avait^ déjà de son temps, une juiverie dans chaque ville, et qu'il ne serait pas facile de trouver de par le monde un endroit oii cette race n'eût pénétré et réussi à se maintenir^; Josèphe^ qu'il n'y a pas sur la terre un peuple chez lequel ne vivent pas aussi des juifs. Les Actes des apôtres mentionnent, comme juifs et affiliés à ceux-ci, des gens de tous les pays sous la voûte du ciel, écoutant les apôtres parler dans toutes les langues à Jérusalem : des Parthes^ des Mèdes, des Élamites, des habitants de la Mésopotamie, de la Cappadoce, du Pont, de l'Asie mineure, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Egypte, de Gyréne, de Rome, de la Crète et de T Arabie*. Le roi Hérode Agrippa, énumérant, dans une lettre à Caligula, les pays où se trouvaient des colonies juives, nomme l'Egypte, la Phénicie, la Syrie, la Gélésyrie, la Pamphylie, la Cilicie, la majeure partie delà province d'Asie jusqu'à la Bithynie et aux côtes des baies intérieures situées le plus au fond delà mer Noire; puis en Europe, la Thessalie, la Béotie, la Macédoine, l'Étolie, l'Attique, Argos, Corinthe, la majeure partie et les meilleurs districts du Péloponnèse ; parmi
» Nov. Theod.y titre III, § 8 (décret de 438). ' Strabon dans Josèphe, /!./., XIV, 7, 2.
• Joscphe, IL 7., II, 10, 4.
♦ Aetei des apôtres , 2, 5 à 1 1 .
les îles, l'Eubée, Chypre et la Crète; enfin, les pays audelà de l'Eiiphrate et la Libye'.
Hors de l'empire romain, les pays situés entre l'Euphrate et le Tigre, notamment, avaient une forte population juive % et après la répression des dernières tentatives d'insurrection nationale en Palestine, la Babylonie devint pour les juifs le centre d'une nouvelle vie, qui se répandit de là sur toutes les parties de l'ancien empire des Perses. En Arabie aussi, des renseignements de source juive, byzantine et arabe, offrent beaucoup de traces de ramifications étendues de ce mouvement juif. Dans les limites de l'empire romain, la population juive, celle de la Palestine à part, paraîtrait avoir été le plus dense en Asie mineure et en Syrie ^; dans la population d'Antioche surtout, la colonie juive, qu'y avait déjà établie Séleucus Nicator, formait un contingent très-considérable*. LeroiAntiochus le Grand avait aussi, déjà, transplanté de la Mésopotamie en Asie mineure deux mille familles juives, pour avoir, en Lycie et en Phrygie, un noyau de population brave et sur lequel il pût compter ^ Une ou deux des synagogues de communautés extérieures, à Jérusalem, appartenaient aux juifs d'Asie et de Ci]icie^ L'Ionie, où saint Justin a pris Éphèse"^ pour scène du dialogue avec le juif Tryphon, la Cappadoce, avec sa capitale Meschag, et la Gilicie, avec Tarse, sont connues comme sièges de communes juives. Des contributions pour le temple, qui devaient être envoyées
' Philon, Légat, ad Gajum, p. 587 M,
•' Dion Cassius, LXVI, 4.
2 Philon, in Flaccum, 582, M.
* Renan, les Apôtres, p. 223. ,
* Josèphe, A. /., XII, 3, 4.
« Actes des apôtres, 6, 9.
' Ibidem, 19, 8 à 20.