LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
à Matarcha ou Tamatarcha (aujourd'hui Taman), dans le "voisinage de Fancienne Phanagorie^
La population juive de l'Egypte s'élevait, au commencement du premier siècle, à un million, ou plus d'un huitième de la population totale-. A Alexandrie, les juifs habitaient principalement deux des cinq quartiers de la ville, mais étaient aussi disséminés dans les autres; dans toutes les parties de la ville, on voyait leurs synagogues, entourées d'arbres; ils avaient en outre leur synagogue propre à Jérusalem. Ils participaient certainement au commerce et à la navigation de la place % mais s'occupaient aussi d'agriculture et de métiers*. La Gyrénaïque avait également une forte population juive % à laquelle appartenait une des cinq synagogues mentionnées à Jérusalem. Deux mille juifs y participèrent à la tentative d'insurrection d'un certain Jonathas, en l'an 70 ^ La commune de Bérénice avait, comme il paraît d'après un diplôme d'honneur, portant un décret qui concerne un certain M. Titius, et qui s'est conservé, en l'an 13 avant Jésus-Christ, neuf préposés dits archontes \ Dans la grande révolte des juifs, à ramifications très-étendues, qui éclata en l'an 116, dans la Gyrénaïque et l'Egypte, jusqu'à la Thébaïde *, en même temps que dans l'île de Chypre (voir plus haut) et dans la Mésopotamie, on leur imputait le massacre de 220,000 personnes, dans les deux premières, et de 240,000, dans les
' Chwolson, /. c, p. 60, etc.; 93, etc. « Philon, in Flaccum^ p. 971.
3 Ibidem, p. 1010.
• Ibidem, p. U73.
» Josèphe, A. J., XVI, 6, 1 ; Thrige, Cyrène^ p. 219, etc.
• Le même, Kic, ch. lxxvi.
' (7. /. G., 5361, avec les remarques de Boîckh.
• Euscbe, Chron.f 01., 224.
deux dernières de ces contrées *. Dans l'Afrique occidentale, la trace d'une commune juive s'est conservée à Sitifi (Sétif), en Maurétanie*, et Ton rencontre des vestiges d'habitants juifs dans d'autres lieux encore ^
Si Ton peut ajouter foi à un rapport de Valère Maxime (I, 2, § 3), non seulement les Ghaldéens, mais aussi les juifs, ayant essayé de déformer les usages romains, en introduisant dans le culte le service d'un Jupiter Sabazius, auraient été bannis de Rome et de l'Italie, dès l'an 139 avant Jésus-Christ, par le préteur Çn. Cornélius Hispallus. Quatre-vingts ou quatre-vingt-dix ans plus tard, sans doute en partie par suite des guerres de Lucullus et de Pompée, qui en avaient ramené des masses comme prisonniers à Rome, oii on les affranchit*, en partie par suite du développement de relations beaucoup plus étroites et plus variées entre l'Orient et l'Occident, ils formaient de nouveau, dans cette capitale, un élément de population considérable. Les accusateurs du préteur Flaccus espéraient trouver un appui contre lui dans leur nombre, la parfaite harmonie qui régnait entre eux et leur influence *. Tout le quartier transtévérin était habité principalement par des juifs*. Une ambassade d'Hérode, roi des Juifs, eut, dit-on, en se rendant auprès d'Auguste, l'escorte de huit mille de ses coreligionnaires établis à Rome ; et, en l'an 19 de notre ère, quatre mille affranchis, dans l'âge de porter les armes, furent condamnés à la déportation dans Tile de
* Dion Cassius, LXVIII, 32.
3 Henzea-Orelli, 6145 (pater synagoges).
^ Inscriptions de l'Algérie, 2072 (Pompejo Restuto Judeo, etc.).
* Philon, Leg. ad Gajum, 1014.
* Gicéron, pro Flacco, 28, l.
•^ Philon» l. c.