‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 142 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

qu'en principe général les juifs devaient être astreints à se charger des fonctions du décurionat, sauf deux ou trois exemptions admissibles ^ Il ne paraît pas qu'il s'y trouve d'autres mentions de juifs, dans les sources grecques ou romaines, avant Sidoine Apollinaire ^. En Angleterre, il n'y a pas de rapports certains, concernant le séjour de juifs dans ce pays, qui remontent au-delà du huitième siècle ^ Mais on peut d'autant moins conclure du manque de données positives à la non-existence d'une population juive dans un pays, qu'un pareil silence, depuis les premiers temps du moyen âge, y est ordinairement plutôt une preuve de l'existence non troublée de cette population. Saint Jérôme dit que les juifs avaient leurs demeures d'une mer à l'autre, depuis les eaux britanniques jusqu'à l'océan Atlantique, de Touest au midi et du nord à l'est, dans le monde entier*.

Depuis la grande guerre de Judée, les juifs eurent à payer, à titre de contribution personnelle, au temple de Jupiter capitolin, une redevance de deux drachmes par tête, ce qui conduisit, notamment sous Domitien, à des vexations et à des exactions que Nerva, cependant, réforma ^ A l'exception de cette taxe, la condition civile des juifs comme tels n'était soumise à aucune restriction, dans l'empire romain. Ils y jouissaient même d'un privilège, à savoir de l'exemption des offices qui eussent pu les

' Code Théodosierif XVI, 8, 3.

' Basnage, Histoire des Juifs, VII, 10, 18. — Inscription judaïque de Narbonne, du temps du roi Égizas (687), dans la Revue arcfiéologiguet t. c, p. 348.

3 Ca88cl, p. 115.

* Saint Jérôme, Commentar. in AmoSf 3, 1 'i43.

î» Ca8Ke1, p. 6, etc.

2V\ r.TVIUSATION F.T MŒFRS ROMAINES.

gêner dans l'exercice de leur religion \ Auguste avait ordonné dans le même sens que, pour les juifs, les distributions d'argent et de blé, à Rome, dans le cas où elles tomberaient sur un sabbat, seraient renvoyées au lendemain ^

Si Philon dit, néanmoins, que les juifs devaient s'estimer trop heureux quand on ne leur faisait pas tort au profit d'autrui % ce propos s'explique par leur position sociale, généralement très-défavorable, il est vrai, et naturellement surtout dans des pays comme TÉgypte en particulier où il existait contre eux une forte animosité nationale, ainsi qu'immédiatement après des guerres et des révoltes dans lesquelles des flots de sang avaient coulé. Aussi les expressions de haine contre les juifs, chez Pline l'Ancien, Quintilien et Tacite notamment \ semblent-elles devoir être mises en partie sur le compte de l'impression laissée par la guerre de Judée. Mais, même abstraction faite du fanatisme sauvage dont étaient enflammées ces luttes du désespoir, il suffisait du mépris orgueilleux des juifs pour toutes les autres nations, civilisations et religions, de leur séparation complète de table et de corps d'avec tous leurs voisins, et de l'opiniâtreté avec laquelle ils persistaient à rester unis entre eux le plus étroitement possible, pour les rendre désagréables à tout le monde ^ et les faire paraître sous Taspect d'un peuple rempli de haine pour l'humanité. Les accusations, exagérations et inven-

* Gassel, p. 4.

a Philon, Légat, ad Gajum, 1015.

^Ibidem, 1018.

* Pline, Hist. naUy XIII, 46; Quintilien, llï, 7, 4; Tacite, Hist., V, 4, 5,8.

'' Thessalon.y l, ')., 15; Renan, Apôtres, 289, l.

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