XIV
* José plie, Contre Aplon, II, 7.
septième partie de leur vie*. Mais, d'un autre côté, le judaïsme ne manquait pas non plus d'amis^ que lui gagnaient en partie des vertus reconnues même par ses adversaires, et hautement prisées par Josèphe, dans une apologie de ses correligionnaires, composée sous Trajan. à savoir : leur piété constante, leur stricte obéissance à la loi, leur sobriété, leur bienfaisance, la parfaite harmonie dans laquelle ils vivaient entre eux, leur mépris de la mort dans la guerre, leur application diligente aux métiers et à l'agriculture en temps de paix, enfin leur confiance inébranlable en Dieu \ Mais, ce qui dut faire gagner au judaïsme plus de prosélytes que sa doctrine et les vertus de ceux qui la professaient, ce fut bien la conviction, inébranlable et si souvent héroïquement témoignée, qu'il était la religion seule vraie. Les rapports du temps favorables aux juifs sont, en effet, d'accord avec ceux qui leur sont hostiles, sur ce point que le nombre des personnes observant en tout, ou partiellement, la loi mosaïque, était très-considérable en tous pays, et les femmes, notamment, étaient là aussi les étoiles guidant vers la foi ^ Déjà , dit Sénèque*, les pratiques de ce peuple exécrable ont gagné un tel ascendant qu elles ont pu s'introduire dans tous les pays, et qu'eux, les vaincus, ont donné des lois à leurs vainqueurs. Horace, Perse et Juvénal attestent qu'il y avait, à Rome, nombre de gens s'abstenant de toute affaire le jour du sabbat, jeûnant et priant, allumant des lampes et suspendant des guirlandes, ainsi que d'autres s'appli-
1 Pour les citations à l'appui, voyez Renan, ouvrage précité, p. 288 à 291.
5 Josèphe, Contre Apion, II, 39, 41.
3 Renan, ouvrage précité, p. 292.
* De superst., éd. Haase, III, p. 427.
quant aussi à l'étude de la loi mosaïque, visitant les synagogues et envoyant à Jérusalem la contribution établie au profit du temple ^ Depuis longtemps, dit Josèphe% la mode de s'appliquer à l'imitation de notre piété s'est répandue même parmi les masses, et il n'y a point de ville ni province, grecque ou barbare, où notre chômage du sabbat n'ait pénétré, et où Ton n'observe les jeûnes et l'usage d'allumer des lampes, et l'abstinence des mets qui nous sont défendus. Ils cherchent aussi à imiter la concorde qui règne parmi nous, l'habitude que nous avons de communiquer de notre bien à autrui, notre assiduité au travail des métiers et notre constance dans les souffrances que la loi nous commande d'endurer. Mais, ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est que, sans mettre en jeu l'appât du plaisir^ la loi s'est trouvée assez forte par ellemême et, de même que Dieu a parcouru le monde entier, de même la loi a fait la ronde chez tous les peuples,
La conversion au judaïsme n'avait, si l'on excepte la courte époque de persécution sous Tibère, rencontré aucune entrave légale jusqu'à Adrien, et de môme, abstraction faite de quelques tentatives de répression passagères, il n'avait pas été touché à la liberté religieuse absolue dont jouissaient les juifs, et qui leur avait été garantie par Jules César et par Auguste. En 42, Claude rendit un édit accordant aux juifs, dans toute l'étendue de son empire, la libre observance des usages de Jeurs pères, tout en leur
* Horace, Sat., I, 9, 69. ~ Perse, V, t79, etc.; voir aussi de Rossi, JiuU. crist., V (1867), p. 14. — Juvénal, XIV, 97, etc. — Marquardt, Manuel, \\t 90. — Fronton, ad Marcum Cœsnrem, éd. Nuber, p. 32 ; Nec aliter Kal. Sept, expecto, quuin superstitiosi steliam qua visa jejunium polluant (Athcnce, IV, p. l.'iO).
» Contre Apion^ II, 39.
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recommandant aussi de ne point abuser de ses dispositions bienveillantes et de ne pas mépriser les superstitions d'autres peuples, mais de se contenter d'observer leurs lois propres, et cet édit resta postérieurement aussi en vigueur*. Il appert déjà du témoignage d'Horace^ qu'il n'y avait, de la part des juifs non plus, manque de tentatives pour convertir des personnes d'autre croyance^ et l'on sait que les phariséens notamment parcouraient mer et terres pour faire un prosélyte ^ Mais, après qu'Antonin le Pieux, tout en permettant aux juifs de reprendre désormais la circoncision de leurs enfants, interdite par Adrien, leur eut défendu, de la manière la plus rigoureuse, de la pratiquer sur quiconque n'était pas juif, des conversions formelles au judaïsme ne devaient, par suite de cet édit resté aussi postérieurement en vigueur*, sauf le cas de transgressions certainement rares, guère plus être possibles ^ Les prosélytes de cette époque postérieure ne pouvaient donc plus être des « prosélytes de la justice » , mais que de simples «prosélytes de la porte», comme on appelait ceux dont les engagements se bornaient à l'observance des lois capitales et à l'abstinence des aliments défendus. Toutefois la majeure partie des convertis gagnés par le judaïsme sur le paganisme, même durant les temps antérieurs au règne d'Adrien, appartenaient aussi déjà, probablement, à cette dernière catégorie.
' Josèphe, A. ./., XIX, 5, 3; voir aussi de Rossi, B21U. cr., 1865, p. 90.
^ Saf.,h 4, 142:
ac veluti te
Judaei cogemus in hanc concedere turbam.
» Év. selon saint Matthieu, 23, 15.
♦ Gieseler, /. c, 1. 1, 157, etc.
' Origène, Contre Celse, II, 13.