‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 145 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

§2. — Le Christianisme.

L'ardeur du prosélytisme chez les chrétiens. — Persécutions depuis Trajan. — Le nombre des martyrs relativement petit. — Causes principales de la propagation si rapide du christianisme. — Présence d'éléments impurs dans les communes chrétiennes. — Esprit de secte. — Le montanisme. — L'auteur delà Réfutation de toutes les hérésies. — Manière dont il raconte la carrière de l'évêque de Rome Calliste ou Calixte. — Progrès du christianisme (à Rome particulièrement), au premier siècle et au deuxième. — Proportion du nombre des chrétiens dans l'ensemble de la population. — Le christianisme ne commence à se répandre dans les classes supérieures (|ue depuis le règne de Commode. — Il est rarement mentionné et très-peu connu jusqu'au troisième siècle. — Païens des hautes classes convertis antérieurement au règne de Commode. — Les prétendus rapports de Sénèque avec l'apôtre saint Paul. — Dédains du monde païen pour le christianisme jusqu'au troisième siècle. — La longue durée de l'agonie du paganisme, preuve de son ancienne vitalité. — Éléments païens qui survécurent à la chute du paganisme.

Si la nature même du judaïsme, en sa qualité de religion d'un peuple élu, mettait des barrières à sa propagation aux dépens du paganisme, le christianisme au contraire n'avait pas seulement en lui la tendance à forcer tous les obstacles qui pouvaient l'empêcher de faire son chemin dans le monde, mais aussi la vigueur nécessaire pour en venir à bout, et si, pour les juifs, la conversion d'înûdèles était tout au plus une œuvre méritoire, il n'y avait pas, pour les chrétiens, de devoir plus élevé ni plus sacré que la propagation de la doctrine du salut. L'exemple des premiers apôtres ne cessait pas de susciter après eux, en nombre toujours croissant, des émules qui, suivant la doctrine de l'évangile, partageaient leur avoir entre les pauvres et prenaient le bâton de voyage pour porter la parole de Dieu

de peuple à peuple*, sans que leur zèle se lassât ni se refroidît janaais, même au milieu des plus graves difficultés et des plus grands périls. Les chrétiens, dit Origène*, étaient ardents à semer la parole dans le monde entier. Les messagers de la nouvelle doctrine ne visitaient pas seulement les villes, mais aussi les villages et les fermes ; ils ne se faisaient même pas scrupule de s'insinuer dans les familles et de s'interposer entre les membres de celles-ci. Des esclaves chrétiens cherchaient , comme le leur reprochaient les païens, à attirer dans leur foi les femmes et les enfants de leurs maîtres; les plus ardents poussaient même les enfants à la désobéissance envers leurs pères et leurs précepteurs, pour les conduire au salut. Ainsi il n'arrivait que trop souvent, à cette époque aussi, comme à celles de tous les grands mouvements qui remuent profondément le monde et en renouvellent la face, que les liens de la nature fussent déchirés, des cœurs brisés, l'amour et la fidélité arrachés comme une mauvaise ivraie.

Jusqu'à Trajan, la propagation du christianisme, considéré commeunesecte du judaïsme, culte légalement admis, ne fut pas sensiblement entravée. Les persécutions dirigées contre ses adhérents, sous Néron et Domitien, se bornèrent, selon toute apparence, à Rome, et n'atteignirent même là qu'un nombre de personnes relativement assez faible*. Trajan fut le premier qui légalisa la persécution des chrétiens*. A partir de cette époque, on sévit contre eux, en les considérant soit comme adhérents d'une supers-

• Eusèbe, H. E., III, 37,

2 Contre Celse, III, 9, éd. Klotz.

'Gieseler, I, 1, 107.

< DeRossi, Bull, cr., 1865, p. 94.

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