LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
tition nouvelle et pernicieuse, distincte du judaïsme, soit comme coupables de sacrilège, ou tout particulièrement du crime de lèse-majesté, quand ils refusaient de sacrifier à rempereur\ Dans le cas de ce dernier crime, on appliquait à tous les accusés la torture, ainsi que les peines les plus graves, et aux condamnés des classes inférieures même la peine de mort renforcée M Une punition souvent édictée contre les chrétiens, c'était la condamnation aux travaux forcés dans les carrières et les mines ^ où ceux dont on avait le plus chargé la peine travaillaient enchaînés et la tête complètement rasée d'un côté*, sous les yeux d'une garde militaire. Denys, évêque de Gorinthe du temps de Marc-Aurèle et de Commode ^ remercie la commune romaine, dans une lettre, de sa bienfaisance envers les nécessiteux en général, mais particulièrement à l'égard des frères internés dans les mines. Cet esprit de charité, dit-il, qui existait à Rome depuis le commencement, n'a pas été seulement entretenu, mais encore étendu sur un plus large théâtre par le saint évêque Soler (de 171 à 179)^ Lors de la persécution qui commença en 177, sous Marc-Aurèle, on envoya dans les mines de la Sardaigne un certain nombre de chrétiens de Home, qui durent plus tard leur délivrance à l'intervention de Marcie, la maîtresse chrétienne de Commode, en leur faveur''. Tertullien aussi
' Teilullien, Apol., 10 : sacrilegii et raajestalis rei convenimur.
- Le lUanl, Comptes rendus de l'Acad., 1866, p. 358; voir aussi de î^om, Bull, cr., i867,p. 28.
^ De Ro88i,/?M//. cr., 1868, p. 17, etc. : De' cristiani condannati aile cave di marin i, etc.
« Arlémidore, Onirocr., I, 21 ; baint Cyprien, Lettres, 77.
'' Clinton, F. IL, ad annos 173 cl 183, Kuwbc, Hist. eccL, IV, 23, 10; Chron,, 2186.
• Ilippolyle, Réf., IX, 11.
parle de ceux qui souffrent pour leur foi « dans les mines, les prisons et les îles, » et qui, entretenus par les aumônes des frères, devaient ce bénéfice de pensionnaires à leur confession*. Mais bien que la persécution augmentât, depuis 203, sous Septime Sévère, et qu'elle se renouvelât sous Maximin le Thrace, il n'y eut, jusqu'à la première grande persécution générale des années 249 à 251 sous Dèce, suivant le témoignage exprès et irrécusable d'Origène% qu'un très-petit nombre de personnes, dont il serait facile d'établir le compte, q.ui souffrirent la mort pour la foi chrétienne. Même pendant la grande persécution sous Dèce, dix hommes et sept femmes seulement, dans la très-grande commune d'Alexandrie, furent immolés pour leur foi, d'après les renseignements 'fournis par Denys, ami d'Origène^ Il est certain que même les plus violentes persécutions des chrétiens, sous les empereurs romains, sont loin de pouvoir être comparées aux persécutions bien plus terribles qui furent exercées par l'inquisition. Sous Charles-Quint, dans la Hollande et la Frise, jusqu'à Tannée 1546, plus de 30,000 personnes doivent avoir péri de la main du bourreau, comme entachées d'erreurs anabaptistes; et en Espagne, pendant les dix-huit ans de l'administration de Torquémada, plus de 105,000 personnes (chiffre de l'évaluation la plus basse) auraient été, dit-on, punies. Dans ce nombre, 8,800 malheureux furent brûlés vifs. En Andalousie, dans une seule année, 2,000 juifs doivent avoir été mis à mort, 17,000 condamnés à d'autres peines \
' TertuUien, Apol., 39; De pudic, 22.
. 2 Contre Celse, III, 8.
3 Gibbon, Histoire, XVI, 75. — Eusèbe, H. É,, Vh 91.
* Buckle, Histoire de la civilisation (en anglais). — Voir aussi Niebuhr, Cours d'Histoire romaine, I, 3» 295 (en aliem.).