LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE
Les persécutions ont d'ailleurs, notoirement, plutôt enflammé qu'abattu l'ardeur de la foi et le zèle de conversion des chrétiens. « Notre doctrine, » dit Clément d'Alexandrie *, ce est entravée, depuis sa première proclamation^ par les rois et tous les souverains comme par les gouverneurs et chefs de l'administration des provinces, qui tous nous combattent, avec leurs soudards et l'appui d'une multitude énorme, cherchant à exterminer des nôtres le plus qu'ils peuvent, et néanmoins elle fleurit de plus en plus. Elle ne saurait périr comme une doctrine humaine, ni se flétrir comme un don fragile, car nul don venant de Dieu n'est fragile. Elle se maintient et ne peut être arrêtée dans sa marche, malgré la prophétie, qu'elle sera persécutée jusqu'à la fin. » Mais, avec l'ardeur seule du bouillonnement de ce grand zèle de conversion des chrétiens, la sublime doctrine de l'Évangile, trop sublime même pour une grande partie du monde païen, n'aurait pu faire des progrès relativement aussi rapides, si d'autres causes encore, fondées en partie dans les besoins et les faiblesses de la nature humaine en général, en partie dans les conditions de l'état social du temps, n'avaient concouru à sa propagation.
La nouvelle doctrine s'adressait à l'humanité entière ; elle n'excluait personne du bénéfice de la promesse du salut, pas même les plus infimes et les plus méprisés des hommes. Elle trouva, naturellement, le terrain le plus favorable chez des gens qui forment partout une énorme majorité, les gens ayant de la peine et l'âme chargée, les pauvres et les malheureux. Elle offrait des con-
1 Cohort. ad gentes, c. %, p. 86 ; Slromat.f VI, 16, p. 837. — Tzicbirner, Chute du pciganismej 524, etc. (en allem.).
solations inattendues au désespoir et à la perplexité; elle ouvrait une perspective de pardon même au plus coupable. Les païens, pour s'en moquer, disaient : Tandis que l'on convie aux cérémonies de consécration des autres cultes ceux qui ont le sentiment d'une conscience pure, les chrétiens promettent l'admission, dans leur royaume de Dieu^ même aux pécheurs et aux insensés, c'est-à-dire précisément aux maudits ^
Il faut aussi très-grandement tenir compte de l'influence que les femmes, très-impressionnables pour la nouvelle doctrine, exercèrent sur la propagation de celle-ci. Le christianisme érigeait les femmes, dans les pays helléniques, où leur condition était profondément déprimée, en compagnes de l'homme, marchant de pair avec lui ; il donnait au mariage, par la communion plus intime des âmes dans une même foi et un même espoir, une consécration nouvelle, à la virginité une nouvelle sainteté, à toute la vie de la femme une plus haute valeur sociale. Or, les femmes ne se tenaient pas toujours dans les limites tracées pour définir leur position, même dans le sein de la communauté chrétienne; aussi saint Paul eut-il sujet de blâmer qu'à Gorinthe elles priaient et prophétisaient, la tête découverte, et se vit-il obligé de les avertir de leur devoir de garder le silence dans la commune et d'être soumises avec leurs maris, ainsi que le prescrit la loi *.
Mais, ce qui amena au christianisme le plus grand nombre de croyants, ce fut la promesse, qui n'avait jamais auparavant été proclamée avec une conviction aussi persuasive et aussi foudroyante pour tous les doutes, d'une
Celse dau8 Origène, c. C, III, 59- Ép. aux Corinthiens^], 11, 5; 14, 34.