‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 149 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

trouvaient, dans les communes chrétiennes, un terrain particulièrement favorable pour la propagation de leurs doctrines fallacieuses, et par là les moyens de gagner de la considération et du pouvoir; non moins certain que des ambitieux, auxquels Thumilité de leur condition, ou la défaveur d'autres circonstances, faisait obstacle dans la poursuite de leurs fins, cherchaient à jouer, dans cette communauté, un rôle qui leur était interdit sur le théâtre de la vie politique. Depuis les commencements, le christianisme fut infesté par l'esprit de secte, et l'Église persécuta les sectes comme celles-ci se poursuivaient, entre elles, d'une haine amère et d'imputations passionnées, qui ne le cédaient guère, en violence, aux accusations dirigées par les païens contre les chrétiens en général. Telle était, d'après Celse, la division entre les chrétiens, qu'ils n'avaient plus guère de commun que le nom*.

Parmi les sectes du deuxième siècle (or une réfutation écrite au commencement du troisième n'en énumère pas moins de trente-deux), le montanisme, né en Phrygie, sous l'influence de la direction sensuelle et enthousiaste du culte à laquelle on était généralement enclin dans cette contrée, ne tarda pas à se répandre beaucoup aussi en Occident. Le fondateur de cette secte, Montanus, ancien prêtre de Gybèle émasculé, dit-on, commença, vers l'an 150, à proclamer, dans un état d'extase, à Pépuza, que le Paraclet (Saint-Esprit) s'était communiqué à lui, pour donner la perfection virile à l'Église. Deux femmes exaltées, Maximille et Priscille, se joignirent à lui, les femmes en général paraissant, d'ailleurs, avoir toujours exercé une grande influence, dans cette secte, en partie comme

* Gieseler, 195, etc.

visionnaires et en opérant des miracles ^ Les montanistes, croyant avoir le monopole du bénéfice des dernières révélations de l'Esprit saint, regardaient les autres chrétiens du haut de leur grandeur spirituelle, avec tout le dédain de leur orgueilleuse présomption. Ils exigeaient un degré d'ascétisme supérieur et la profession d'un profond mépris pour toutes les choses terrestres, défendirent les mariages en secondes noces, attachaient une importance excessive au célibat et au martyre, et enseignaient que l'impudicité , le meurtre et l'idolâtrie excluent pour jamais de l'Église; ils proclamaient, hautement aussi, l'imminence de la fin du monde et de l'avènement du règne millénaire. Ces doctrines et plus encore l'extase prophétique des montanistes, que leurs adversaires déclaraient ne pouvoir interpréter que comme une inspiration démoniaque, soulevèrent, dans le monde chrétien, des contradictions multiples ; mais les idées montanistes ne s'en répandirent pas moins dans l'Église d'Occident, oîi leur influence se manifesta surtout par une extrême sévérité, et par la tendance à réglementer extérieurement la dévotion. Les écrits de TertuUien, ancien {presbyter) ou ministre de la commune de Garthage et montaniste lui-même, conservèrent une haute autorité ^

La Réfutation de toutes les hérésies^ mentionnée plus haut, écrite vers les années 230 à 240 au plus tard, et dont l'auteur incline fortement au rigorisme de la secte montaniste ^ donne nn aperçu très-intéressant des dissi-

" TertuUien, De anima, c. ix. — Gieseler, 290.

2 Gieseler, 286 à 293.

^ Bunsen, Hippolyte et son temps, 101 (en allem.). — De Rossi, Bull, cr.y 1866, p. 97. Epilogo sull' autore de' Filosofumeni. — Dœilinger, Hippolyte et Calliste (en allem.).

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