LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE
denceset des antagonismes déterminés, notamment par la diversité des opinions en matière de doctrine, dans le sein des communes chrétiennes, ainsi que des graves inconvénients et des difficultés qui, parfois, résultèrent du contact de la société chrétienne avec le monde païen. L'auteur de cet écrit vivait à Rome, ou du moins y séjournait souvent. Il paraît avoir vécu dans la familiarité du pape Vie* tor (de 190 à 202). Sous le pontificat de Zéphyrin (de 212 à 218), il prit une part très-vive aux disputes des monarchistes, qui ne concevaient pas la divinité, dans le Christ, comme une personnalité différente de Dieu le père, et fut personnellement un adversaire du pape Galixte (de 218 à 222). On avait cru, le plus généralement, jusqu'à ces derniers temps, pouvoir désigner comme cet auteur Hippolyte, évêque d'une secte à Rome, ou, suivant d'anciens renseignements, évêque du Port du Tibre; mais, tout récemment, des arguments nouveaux ont ramené à la probabilité queTertullien pouvait bien avoir composé cet écrit dans sa vieillesse. L'attaque qu'il dirige contre le chef de la commune chrétienne de Rome ne montre que trop clairement quelles vilaines passions les controverses, en matière de foi, réveillaient et nourrissaient, dès lors, dans le monde chrétien. Voici, en peu de mots, la substance du rapport dont il s'agit, intéressant à bien des égards'.
Calliste ou Galixte, nom qu'il porte dans l'Église, était l'esclave chrétien d'un affranchi, chrétien aussi, de la maison de l'empereur Commode, et nommé Carpophore. Celui-ci lui confia une somme assez considérable, avec laquelle Calliste devait fonder une maison de banque, sous
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le nom de son maître, mais à son profit personnel. Beaucoup de veuves et de frères y placèrent leur argent. Malheureusement Galliste fit de mauvaises affaires, qui le mirent dans une situation voisine de la banqueroute, et, pour se soustraire à l'obligation de rendre ses comptes, il prit la fuite et se rendit au Port du Tibre, à bord d'un navire en partance. Garpophore l'y suivit. L'autre, quand il vit son maître apparaissant au port, sauta dans la mer ; mais on l'en retira et le transporta à Rome, oii Garpophore l'envoya au pilon partager le travail ordinaire des esclaves assujettis à cette peine correctionnelle. Gependant Garpophore se laissa fléchir et le remit en liberté, quand plusieurs frères, intéressés dans la banque, vinrent lui représenter, les larmes aux yeux, que leur confiance en lui les avait décidés à remettre leurs fonds à Galliste, et que celuici avouait avoir mis une certaine somme en sûreté. Mais Galliste, ne se trouvant pas mieux qu'auparavant en état de remplir ses engagements, voulut mettre un terme à ses jours et acquérir en même temps la gloire du martyre.. Il se rendit, sous le prétexte d'une réclamation d'argent, le jour du sabbat, dans une synagogue, et y troubla le service divin. Les juifs tombèrent sur lui et l'amenèrent devant le tribunal du préfet de la ville, Fuscien, qui le fit fustiger et le condamna aux travaux forcés dans les mines de la Sardaigne, oîi se trouvaient déjà d'autres chrétiens, punis en raison de leur foi. Mais il arriva que la favorite déjà mentionnée de l'empereur Gommode, Marcie, voulant faire une bonne œuvre, se fit donner, par l'évêque Victor, une liste des martyrs relégués dans cette île, et obtint leur grâce.^ Galliste, dont Victor avait omis, à dessein, de porter le nom sur la liste, n'en réussit pas moins à obtenir du porteur du message, l'eunuque Hyacinthe,