‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 154 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

encore plus sonore et déjà menaçant. A qui donc, s'écriet-il en s'adressant aux juifs, croient tous les peuples, si ce n'est h l'oint du Seigneur^ qui est venu? Puis il énumère, outre les pays habités par des juifs d'après les Actes des apôlres, aussi la Gétulie, là Maurétanie, l'Espagne, (( les parties de l'archipel britannique encore inoccupées par les Romains, mais déjà soumises au Christ » , ainsi que la région des Sarmates, celle des Germains et « beaucoup d'autres contrées, provinces et îles, lointaines et inconnues ». Il prétend que les chrétiens formaient dès lors, presque partout, plus de la moitié de la population ^ « Le nombre et le monde nous feraient-ils défaut, par hasard, si nous voulions, non pas chercher à nous venger en cachette, mais passer à l'état d'hostilité ouverte ''V » demandet-il vers l'an 199. «Les Maures, les Marcomans et même les Parthes, les plus grands peuples, n'habitant toutefois qu'une contrée et bornés au ressort de leur propre domination, peuvent-ils prétendre aune supériorité numérique sur la population de la terre entière? Nous sommes d'hier, et déjà nous remplissons tout le territoire soumis à votre domination, les villes, les îles, les castels, les municipes, les bourgs, les camps môme, les tribus, les décuriesj le palais, le sénat, le forum". »

Dans ces propos, il y a certainement une grande exagération, décuple peut-être de celle qu'il y aurait à les appliquer de nos jours à l'évaluation du rapport entre la population chrétienne actuelle et la population générale de toutes les parties du monde. Ils sont d'ailleurs en contradiction flaLirante avec un propos postérieur d'Origène '',

' TcrluUicu, ad Scapul., c. ii; - Lcmcrac, Apol., 37. •» Contre Cclsr, VIII, 69.

lequel, exagérant dans le sens contraire, après un laps de plusieurs périodes décennales, dit que les chrétiens, comparativennent à la masse de la population de l'empire romain, n'étaient qu'un petit nombre. Quelques données numériques permettent cependant une estimation conjecturale de ce rapport, laquelle ne saurait, naturellement, être qu'approximative. La commune chrétienne de Rome était, certainement, la plus grande de tout l'empire, et elle avait eu la chance de jouir, depuis la mort de Septime Sévère jusqu'à la grande persécution de Dèce, d'une paix qu'une courte persécution, sous Maximin, était seule venue troubler, dans l'intervalle. Or, d'après une lettre du pape Cornélius, vers la fin de cette période de paix, à une époque où ladite commune comptait un personnel ecclésiastique de 46 anciens ou ministres, 7 diacres, 7 sous-diacres, 50 maîtres, exorcistes et portiers, le nombre des indigents, des veuves et des malades entretenus par l'assistance de leurs frères dans le Christ, s'y élevait à l,oOO \ Comme on sait que la commune d'Antioche, avec un total de 100,000 membres, assistait 3,000 nécessiteux, le total des membres de la commune de Rome, à cette époque, paraît devoir être évalué à la moitié aussi, soit à environ 30,000 % peutêtre le vingtième de toute la population de la ville de Rome, à la même époque; et il n'est même guère probable que les chrétiens aient jamais formé, dans tout l'empire, une fraction beaucoup plusgrandedel'ensembledela population, avant Constantin, pour le temps duquel Chastel ^ estime cette fraction à un quinzième pour l'Occident

' Eusèbe, H. E., VI, 43.

■■' Gibbon, HisL, ch. xv, 159, etc.

3 Histoire de la destruction du paganisme dans l'Orient, p. 36.

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