‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 155 sur 241 · LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — LA SITUATION RELIGIEUSE

et à un dixième peut-être pour l'Orient, soit en moyenne à un douzième delà population totale de Tempire romain, comme aussi La Bastie. Avec ces estimations cadre aussi très-bien le fait que le nombre des fidèles de l'ancienne et célèbre commune chrétienne d'Antioche ne s'élevait encore, au temps de Théodose, qn'à 200,000 âmes, c'està-dire au quart ou au cinquième peut-être de la population totale de cette ville \

Cependant les chrétiens n'étaient pas seulement, au troisième siècle encore, une petite minorité, mais celle-ci, jusqu'au commencement de ce siècle du moins, appartenait presque exclusivement aux couches les plus infîmes de la société.

Les païens, en se moquant d'eux, disaient qu'ils ne parvenaient à convertir que les plus simples, des esclaves, des femmes et des enfants ; que c'étaient des gens incultes, mal-appris et rustres ; que leurs communes n'étaient, en grande majorité, formées que de gens du commun, d'artisans et de vieilles femmes. Des témoignages positifs d'auteurs chrétiens confirment le fait que la nouvelle religion ne comptait, môme jusqu'au milieu du troisième siècle, qu'un nombre minime d'adhérents dans les classes supérieures. Mais, suivant Eusèbe", la paix dont l'Église jouit sous Commode avaitbeaucoup contribué à l'extension de son domaine spirituel, « à tel point que, même parmi les hommes éminents par la fortune et la naissance à Rome, plusieurs s^étaient tournés, avec toute leur famille et toute leur maison, du côté où est le salut. » Sous Alexandre Sévère, Origène dit ' a que, depuis lors, les messagers

' Marquardt, Manuel, 111, 1, lOâ.

* Histoire ecclésiastique^ V, 2 J .

3 Contre Cetse, III, y.

chrétiens de la parole de Dieu trouvaient également accueil chez les riches, chez beaucoup de hauts dignitaires, ainsi que chez des dames opulentes et de grande naissance, succès dont le christianisme n'avait pas eu à se vanr.er auparavant. Suivant TertuUien^ cet empereur prit sous sa protectioiî des hommes et des femmes de condition sénatoriale^ dont l'adhésion au christianisme était manifeste, et, comme nous l'avons déjà fait remarquer, l'indulgence de Galixte envers les prosélytes huppées du grand monde ne laissa pas que de scandaliser une partie de la commune. En 258, l'empereur Valérien adressa au Sénat un rescrit, d'après lequel les chrétiens appartenant à l'ordre sénatorial et à l'ordre équestre devaient encourir la perte de leurs biens et même être punis de mort s'ils persistaient dans leur foi, les chrétiens relevant de la maison et de la cour impériales être répartis, enchaînés et astreints aux travaux forcés sur les domaines impériaux \ Ainsi, à partir du règne de Commode, les données témoignant des progrès du christianisme, dans les hautes classes, sont aussi positives et multiples que le manque absolu de pareils témoignages, pour l'époque antérieure, est certain.

Cela s'accorde parfaitement avec la circonstance qu'il n'est fait mention, jusque vers la fin du deuxième siècle, dans la littérature classique, des chrétiens et du christianisme, que très-rarement et en passant, avec indifférence et dédain. Les propos de Pline le Jeune et de Tacite montrent qu'à l'époque de Trajan la nouvelle secte n'avait pas encore frappé l'attention des cercles du grand monde, à Rome, assez pour que l'on crût devoir prendre la peine

' Saint Cyprien, Lettres^ 80. — GlintoU: F. R,, ad aiiiiuuj 258.

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