LIVRE XI. — LA SITUA riON RELIGIEUSE
de se procurer sur elle des renseignements précis. Épictète et Marc-Aurèle parlent bien du courage avec lequel les chrétiens allaient à la mort; mais à aucun des deux ce courage ne paraissait fondé sur une conviction raisonnable ; ils n'y voyaient qu'une habitude et de l'opiniâtreté à tout braver ; Marc-Aurèle trouvait' même que ce courage manquait de dignité, et qu'il avait quelque chose de théâtral \ Aristide crut voir dans l'humilité des chrétiens, qu'il appelle « les impies de Palestine » , de la bassesse de sentiment, dans leur fermeté de conviction de l'arrogance, et la réunion de deux qualités si opposées lui semblait particulièrementcaractéristiquepour eux \ Apulée ' a fait le portrait d'une chrétienne adonnée à tous les vices. Galien, tout en reconnaissant la vertu des chrétiens, n'avait qu'un sentiment mêlé d'étonnement et de mépris pour la foi absolue des sectateurs de Moïse et du Christ dans des thèses non prouvées*, l'idée d'un dogme religieux étant restée complètement étrangère à son esprit, comme h celui de tous les païens. Dans la grande histoire romaine, si détaillée, que Dion Cassius, sous Alexandre Sévère, continua jusqu'à son propre temps, il n'était, selon toute évidence, distinctement fait mention des chrétiens nulle part. Suivant son indication, les chrétiens^ persécutés sous Domitien, étaient accusés ce d'athéisme et de l'observance de pratiques juives p ; ainsi hii aussi prenait le christianisme pour une secte juive. Hérodien ne les nomme pas non plus, et même les auteurs de certaines biographies d'empereurs, en partie déjà contemporains de Constantin, ne
' Épictcte, JJ., IV, 7. -- Mnn-.in(()nui, XI, 3.
» Aristide, Or., XLVl, p. JO'J J.
' Mélam., XI, 14 (cciiuj religionis menlita sacrilega pncsumtioue)
> Galien,éd. K., VHI, 57», «:>7 ; ibid., p. ITI.
les mentionnent que très-raretnent et qu'accidentellement. Les premiers écrits païens contre le christianisme ne sont pas antérieurs au milieu du deuxième siècle. Il paraîtrait, d'après Origène, que Phlégon de Tralles, dans le treizième ou le quatorzième livre de ses chroniques, a\ait mentionné l'éclipsé du soleil et les tremblements de terre qui accompagnèrent la mort du Christ sur la croix, sans aucune expression de doute *, et que le même avait attribué au Christ une prophétie de saint Pierre, qui s'était accomplie ^ Mais, chez un auteur que tous les miracles intéressaient spécialement, comme tel?*, il n'y a pas à conclure de là qu'il dût personnellement avoir eu des rapports avec les adorateurs du Christ, ou une connaissance réelle de la doctrine de celui-ci. Les écrits de Fionton répètent encore les plus absurdes inventions du populaire contre lëschrétiens^ Le platonicien Celse lui-même^ bien qu'exactement informé par un juif de l'objet de la doctrine chrétienne, conclut, dans l'écrit développé qu'il lança contre eux, vers l'an 150, à l'avis que toute cette dispute entre juifs et chrétiens, où, dans son opinion, tout ne tournait que sur la question de savoir si le Messie, annoncé par les prophètes, était arrivé ou non, se réduisait à une querelle (( pour l'ombre de l'âne ^ », ou, comme on dirait aujour- ^d'hui, pour la barbe de l'empereur.
Les seules à mentionner, dans le tout petit nombre de personnes des classes supérieures, dont la conversion au christianisme, antérieurement au règne de Commode, puisse être affirmée avec quelque certitude ou vraisem-
' Origène, Contre C'else, II, 33.
■ Ibidem, 14.
Miuucius Félix, OclaDius, c. xiii. — Frouloii, éd. Naber, p. 263. • Origène, Contre Celse, III, I.