‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 157 sur 241 · LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE

blance, sont la femme du cçnsul Plautius, Pomponia Grécina, accusée de « superstition d'origine étrangère)) en l'an 58, le consul Flavius Clément, supplicié en l'an 9o, et sa femme (ou sœur) Flavie Domitille, exilée à Pontie^

Mais, pour ce qui concerne le supplice contemporain d'Acilius Glabrion, consul en 91, l'extrait très-peu clair de l'histoire de Dion Cassius sur lequel on se fonde, pour attribuer la cause de sa condamnation à ce qu'il aurait embrassé le christianisme, n'autorise pas suffisamment cette supposition; car, d'après Suétone, il aurait été condamné parce qu'on lui prêtait des projets subversifs ^

Une vieille tradition, d'après laquelle des rapports personnels auraient existé entre le philosophe Sénèque et l'apôtre saint Paul, n'a guère trouvé non plus, jusqu'à présent, malgré toutes les peines que l'on s'est données, un point d'appui dans les faits, bien que l'on comprenne très-bien comment elle a pu se former et s'accréditer. Il ne pouvait, alors pas plus qu'aujourd'hui, convenir aux théologiens, dans leur manière de voir, qui contestait absolument au paganisme le pouvoir d'arriver, par ses propres efforts, à l'établissement d'une morale supérieure, de laisser passer celle qu'enseignait Sénèque, et qui concorde tellt'iii(;nf, [)Ourle fond, avec la morale chrétienne, comme un produit de la philosophie païenne seule. 11

' Voir tome I, livre v et supplément au tome I, p. 19.1 à 133.

' Dion Cassius, LXVII, 14. — Su« lone, DomUien, ch. x. — M. Friedlîi'nder ne s'explique pas comment M. de Rossi {Huit, crist., 1865, p. 20) n'en rapporte pus moii.s l;i mort de Glabrion à la même cause que celle de Clément, ni pour(|uoi il i)rend |iour un sénateur Apollonius, décapité comme chrétien sous Commode fKusébe, H. /i., V, 9.1],

était d'autant plus naturel de ramener, en partie, l'origine de celle-là à une influence exercée par l'apôtre, que le séjour de celui-ci, pendant les deux années de sa captivité, à Rome, avait pu facilement donner lieu à des rapports entre lui et Sénèque, et que le proconsul Junius Gallion, qui avait absous l'apôtre amené par les- Juifs devant son tribunal, à Gorinthe, était frère de ce philosophe. Il semblait, d'ailleurs^ que Tertullien n'avait pas encore connaissance de la tradition mentionnée, car il se borne à dire : « Sénèque est souvent des nôtres*. » La concordance de ses doctrines avec celles du christianisme ne lui paraissait donc pas être constante, mais procéder d'une conformité d'opinions purement accidentelle, chez un homme complètement étranger à ce dernier. Or saint Jérôme faisait, à cette époque déjà, lecture des lettres, encore existantes aujourd'hui, qui auraient été échangées entre le philosophe et l'apôtre, mais qui ne sont évidemment, en réalité, que le produit d'une de ces nombreuses falsifications littéraires dont le zèle chrétien a, sans doute, été la cause déterminante. Une inscription récemment découverte, de la fin du troisième siècle ou peut-être du commencement du quatrième, montre qu'une famille chrétienne, qui faisait dériver son origine, ou du moins son nom, des Annéus Sénèque, se fit, plus tard, honneur de cette tradition : nous voulons parler d'une épitaphe posée, à Ostie, par un certain M. Annéus Paul, à son fils M. Annéus Paul Pierre. Les noms des apôtres étaient chers aux chrétiens; l'usage du second, ainsi que celui des deux réunis, chose inouïe chez les païens; il n'est donc pas douteux que les deux Annéus n'aient été, eux, chrétiens ^

* De anima, c. xx.

2 De Rossi, Bull, cr., V, 1867, p. 6.

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