‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 159 sur 241 · LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. LA SITUATION RELIGIEUSE

les Hellènes et barbares qui demeurent en Asie, en Europe et en Afrique, jusqu'aux limites extrêmes de la terre! Vraiment, croire à cette possibilité, c'est d'un insensé*. »

Mais après que Constantin, en garantissant la liberté religieuse la plus complète aux chrétiens , eut décidé la victoire du christianisme, et que la religion victorieuse se fut, à son tour, mise aussitôt en mesure de faire sentir sa puissance au paganisme, pour l'opprimer % quand l'ancienne foi, non- seulement eut cessé de procurer aucun avantage, mais fut devenue, pour ses partisans, une cause de tracasseries et de persécutions croissant avec le temps : alors du moins, semble-t-il, sa ruine devait se consommer, et le christianisme arriver à dominer seul, dans un temps très-court, s'il était vrai que le paganisme se trouvait réellement déjà, depuis des siècles, en pleine décadence et en dissolution. La vérité est que son agonie dura encore deux siècles, malgré 'l'inégalité des armes avec laquelle il était réduit à lutter pour son existence, que le polythéisme, maintenant sans pouvoir et sans défense, ne pouvait cependant se résoudre à mourir, bien que le christianisme fût infatigable et s'acharnât de plus en plus, avec le temps, en mettant tous les ménagements de côté, à tuer tout ce qui donnait encore signe de vie de l'ancienne foi, par les moyens de la contrainte, du pillage, de la destruction et de la persécution : tout cela prouve assez quelle vitalité le paganisme avait conservée, jusque dans sa vieillesse*. Après que le christia-

' Origëne, Contre Ceise^ VIII, 69 à 72. ' LasaulX) Chute de V hellmisme^ p. 51 (en allem.). * SanH vouloir excui^er l'intoléraoco, lu fanatisme et la pursécutiou d'aucune part, disoni pourtant que nous sommes ici frapp('« plutôt de la

iiisme, depuis les édits de tolérance de Constantin, eut joui, avec la seule interruption de la courte réaction du temps de l'empereur Julien, pendant une période de soixante-dix ans, de toute la faveur et des encouragements du pouvoir temporel, il n'avait pourtant encore, comme on l'a déjà fait remarquer, gagné tout au plus que la moitié de la population de l'empire. Presque toute la noblesse romaine était encore, au temps de Julien, restée fidèle à l'ancienne religion, que professait encore, sous Théodose, environ la moitié du sénats Jusque dans la persécution commencée depuis 380 par Théodose, l'ancienne foi fit preuve d'une grande force de résistance. On s'y mit à détruire, par le fer et par le feu, à démolir et à réduire en cendres, d'abord en Orient, puis également en Occident, les temples, les chapelles et tous les sanctuaires des anciens cultes. Mais, si les populations rurarales, disséminées comme elles l'étaient et sans défense, ne pouvaient, malgré leurs plaintes amères, empêcher

ténacité de l'ancienne religion que d'une vitalité qui nous paraît fort être de la nature de celle du bas-empire et de l'empire ottoman. Le premier a survécu près de dix siècles à la chute de l'empire d'Occident; le second traîne encore une existence plusieurs fois déjà très-sérieusement compromise. Cependant la caducité est certainement ce qui domine dans l'impression du spectacle qu'ils nous offrent, comme dans celle que nous recevons de la dernière phase du polythéisme antique et de toute la civilisation romaine. Cette caducité, nous le reconnaissons, devait être moins apparente pour les contemporains, dans le cours des vicissitudes du temps même, qu'elle ne frappe dans l'aperçu général et collectif de celles-ci, vues à distance, et c'est ce qui, avec le peu de goût de l'auteur pour les conclusions déclamatoires, peut expliquer pourquoi il ne l'a pas plus vivement accentuée; mais elle n'en résulte pas moins, selon nous, jusqu'à l'évidence, de toutes ses considérations, non moins que de celles de ses prédécesseurs. {Remarque du traducteur.) * Lasaulx, ouvrage précité, p. 99, etc.

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