LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES
cueil qui a passé à la postérité, sous le couvert du nom de Quintilien \
A l'école des rhéteurs grecs, les sujets des exercices oratoires différaient essentiellement de nature. On y déclamait bien aussi des controverses, et, selon toute apparence, elles portaient, en général, sur les mêmes thèmes : ainsi, en outre des magiciens, le tyran, le meurtrier du tyran, la femme violée, le pauvre, sont là aussi mentionnés, dans l'occasion, comme des figures typiques'. Mais, ce que l'on y considérait comme le thème le plus difficile, en même temps que le plus avantageux, pour les élèves les plus avancés et les maîtres mêmes, ce n'étaient assurément pas les controverses, c'étaient tantôt des discours tendant à persuader ou à dissuader, dans le genre des plaidoyers latins (siiasorise orationes), tantôt des discours apologétiques et des réquisitoires, tantôt des discours épidéictiques, c'est-à-dire démonstratifs, ou d'apparat, sur lesquels nous reviendrons plus loin. Cette diversité de la méthode avait sa raison dans une appréciation toute différente de l'éloquence, chez les Grecs et chez les Romains. Pour ceux-ci elle n'était, tout d'abord, qu'un moyen servant à défendre et à faire prévaloir l'intérêt propre contre et sur tout intérêt hostile, notamment en j ustice ; tandis que, pour les Grecs du temps, la beauté de la forme était toujours encore en elle-même un but suffisant, ce qui faisait, à leurs yeux, de l'excellence dans l'art de la manier un avantage très -envié, fort admiré et ardemment poursuivi.
' Trente Tyrans, ch. iv.
' Philosirale, Vies des sophistes, II, 4; éd. K. p. ^^40. — Lucien, de saltat.y%h. — Voir aussi G.-A. Schraidt, Histoire de la liberté dépenser^ 435 (en allem.)-
T. lY. 3
A Rome, en Italie et dans les provinces d'Occident, la grande majorité de la société instruite ne visitait, toutefois, que l'école des rhéteurs latins, ou, du moins, y donnait-on la préférence à celle-ci, bien que la plupart des grandes villes payassent aussi des professeurs d'éloquence grecque,' et qu'à Rome^ notamment, l'Athénée fondé par Adrien, et à l'entretien ainsi qu'à la nomination des professeurs duquel les empereurs suivants ne discontinuèrent pas de pourvoir, eût une chaire distincte pour cette branche aussi. Oi\peut admettre, du reste, que, dans les pays d'Occident, les rhéteurs grecs se seront également accommodés à la méthode qui dominait dans l'école latine ; aussi les >oyons-nous, dans Sénèque, rivaliser en traitant les mêmes . thèmes, et savons-nous qu'Isée, à son début à Rome, s'y fit donner des thèmes de controverses, pour ses improvisations ^ Ainsi, cette méthode, notamment l'habitude de déclamer des controverses, pratique souvent continuée pendant des années, ne manqua pas d'exercer, sans cesse, surtout le caractère de l'éducation romaine du temps, une influence d'autant plus grande que le cours de l'enseignement scolaire se terminait, pour la plupart des jeunes gens, avec ces études, et qu'ils passaient immédiatement « des mythes, des poètes et des épilogues des rhéteurs^ » aux réalités de la vie pratique, pour y faire valoir le savoir-faire acquis à l'école.
Les effets de cette méthode d'enseignement, commune à tous les gens instruits de Tépoque, apparaissent à jour dans la littérature de celle-ci. Les têtes supérieurement organisées et d'une lucidité particulière parvenaient seules
' Pline le Jeune, Lettres^ II, 3, 2.
' Aulu-Gelle, XIV, 2, i.