‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 17 sur 241 · LIVBE X. LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVBE X. LES BELLES-LETTRES

à se prémunir contre les dangers, les séductions et les écarts de cet enseignement de la rhétorique. Chez la plupart des élèves, la manie, contractée à l'école, de viser continuellement à l'effet, l'habitude de s'enivrer de phrases et de s'exalter dans un pathos sans fin, devait faire, jusqu'à un certain point, passer à l'état de seconde nature une affectation de bien dire, au fond de laquelle il n'y avait plus rien de vrai : d'autant plus que, là précisément, ce qui était artificiel et cherché, de nature à surprendre et à éblouir, par trop aventureux, ou monstrueux même, se trouvait assuré des applaudissements les plus bruyants* Même les grands esprits de ce temps-là ne surent pas se ^ soustraire, entièrement, à ces influences de l'éducation de leur jeunesse. Elles sont le plus apparentes dans la poésie du premier siècle de notre ère qui, manquant de ressort, n^est que rarement parvenue à s'élever, dans sa marche, au-dessus des échasses de la rhétorique. Quintilien, pensant que Lucain, le talent poétique le plus remarquable de ce temps, méritait d'être proposé à l'imitation des rhéteurs plutôt qu'à celle des poëtes, avait raison *. Mais, tandis que la poésie du temps porte une teinte de rhétorique, la prose y a une couleur poétique, ce qui était également une conséquence nécessaire de l'éducation. L'école de grammaire avait familiarisé l'enfant avec le monde de la poésie, et l'école de rhétorique ne laissait pas le jeune homme devenir étranger à ce monde; On comprend combien les thèmes qu'on lui donnait à traiter dans cette dernière, avec les situations mélodramatiques, les' motifs empruntés au romantisme le plus exagéré et les figures aventureuses qu'ils comportaient, devaient imprimer

• Quintilien» X, I, 00.

d'essor à l'imagination, dans son vol, et l'engager à traiter les sujets d'une façon poétique, et dès lors, de même que les sujets, Texposé aussi devait, tout porte à le croire, souvent affecter de se mouvoir sur la limite de la poésie, ou même être complètement empreint d'un esprit poétique. Le rhéteur Arellius Fuscus, le maître d'Ovide, affectionnait les descriptions toutes poétiques, à en juger par un échantillon que nous a transmis Sénèque *, et ne se gênait pas de faire, en mainte occasion, des emprunts directs à Virgile. A l'inverse, Ovide reproduisit presque textuellement, dans ses poésies, mainte proposition de son autre précepteur, du rhéteur Porcins Latron ; et si, de •l'aveu de Sénèque^, les propres discours dé celui-ci à l'école, où il avait la réputation d'un bon déclamateur, n'étaient que des vers mis sous une autre forme, nombre d'élèves, ayant les mêmes dispositions, peuvent très-bien avoir fait comme lui. Ces habitudes enracinées de l'école persistaient, nécessairement, aussi dans la vie du monde. On demande maintenant, dit l'apologiste des modernes, dans le Dialogue des orateurs de Tacite (ch. xx), qu'il y ait dans le discours des beautés poétiques, tirées du sanctuaire de Virgile, d'Horace et de Lucain, et les discours du présent sont à ceux des temps antérieurs^ ce que les nouveaux temples, resplendissants d'or et de marbre, sont aux anciens, construits en pierres de taille grossières et en briques informes. On peut en croire aussi le poëte disant, dans Pétrone % que beaucoup de ceux qui s'étaient essayés comme orateurs, se réfugièrent dans la poésie, comme

' Controverses, I, 3 ; éd. Bursian, p. 19 à 2Î.~

2 Controverses, II, 10; éd. Bursian, p. 136.

3 Satiricon, c. cxviii.

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