‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 166 sur 241 · LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIifuE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIifuE

tèmes philosophiques réunis. Le but de toute philosophie, dit SénèqueS est de nous apprendre à mépriser la vie. La félicité, disait Démonax, n'appartient qu'à l'homme libre, et il n'y a de libre que celui qui n'espère et ne craint rien*. L'épicurisrae et le stoïcisme s'accordent avec le christianisme dans le séquestre de la vie civile et politique. Gomme l'apôtre saint Paul, non-seulement Épicure, mais Épictète aussi, plaçaient le célibat au-dessus du mariage. Quant au scepticisme, il fondait la félicité sur la science de l'impossibilité de savoir , c'est-à-dire proprement sur la renonciation même à la science.

Bien que la concordance du fond des doctrines de toutes les écoles philosophiques contribuât à une conciliation de leurs diversités, favorisée de plus en plus par le génie romain, pratique en tout et au plus haut degré sympathique à l'éclectisme, la diversité des inclinations n'en continuait pas moins de se manifester, selon les individualités, dans le choix de voies très-différentes, conduisant au but commun. A l'épicurisme inclinaient notamment les natures douces, molles, placides, toujours prêtes à s'accommoder aux circonstances; au stoïcisme, les âmes fortes et rigides, résolues à la lutte avec le mal de la réalité et trempées pour la soutenir, ainsi que les caractères durs et inflexibles. Les réalistes penchaient vers le premier, les idéalistes vers le second, tandis que les gens qui redoutent tous les extrêmes, trouvaient leur compte dans la doctrine de la nouvelle académie, et que l'éclectisme s'évertuait dans la création de variétés infinies des systèmes dominants, aj)propriées à la diversité, également

' Lettresy 111, 5.

' Lucien I Démonax, 2u.

350 XIVILISATIOIS ET MdiUKS ROMAIJNES.

infinie, des tendances d'esprit et des besoins moraux individuels.

Depuis le milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ, la philosophie grecque avait, comme nous l'avons dit, commencé à se répandre à Rome et en Occident, et, en dépit de toutes les tentatives faites pour arrêter ce mouvement, elle y avait fait des progrès constants. L'accroissement des relations multiples avec la Grèce, l'immigration toujours croissante de savants grecs à Rome, les voyages de plus en plus fréquents, et entraînant souvent des séjours prolongés, de nombre de Romains en Grèce, tout cela aidait, puissamment aussi, à l'introduction de l'art et de la science des Grecs, de leur philosophie notamment.^ Quand Cicéron employa les loisirs involontaires de ses dernières années (de 45 à 43 avant Jésus- Christ) à rendre accessibles aux lecteurs romains, sous une forme populaire, les résultats les plus importants du mouvement philosophique postérieur à Aristote, il ne faisait certainement qu'aller au-devant d'un, besoin trèsrépandu et vivement senti par les hommes instruits d'entre ses compatriotes. Ses œuvres philosophiques, qui ont tant contribué à initier tous les siècles suivants à l'essence de la philosophie grecque, formèrent le noyau de la littérature naissante dont l'objet fut la nouvelle philosophie romaine. Quintilien nomme, comme les plus lus des écrivains qu^elle comptait, Brutus, Cornélius Celse, le stoïcien Plante, Tépicurien Gatius et Sénèque*, liste à laquelle Apulée seul vient encore s'ajouter, au deuxième siècle de notre ère.

Or^ bien que, depuis la chute de la république, les in-

1 Quintihen, X, 1, 1.23 à 13L

Page 1