‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 168 sur 241 · LIVRE XII.— LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII.— LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

les études philosophiques de Marc-Aurèle étaient l'objet de la part de ces adversaires de la philosophie ^ « Marc- Antonin, y est-il dit, s'amuse à philosopher, fait des recherches sur les éléments et sur les âmes, ainsi que sur la vertu et la justice, mais n'a point de cœur pour l'État. Vous avez entendu que le préfet du prétoire de notre philosophe qui, trois jours avant sa nomination, était pauvre comme un gueux^ est devenu riche tout à coup. » Quand Alexandre Sévère, avant d'être appelé au trône, renonça, d'après le conseil de sa mère Mammée, à l'étude de la musique et de la philosophie, il fut confirmé dans sa résolution par les vers de Virgile, cités comme un oracle à ce prince, qui disent le Romain appelé à la domination des autres peuples, que l'on peut laisser, sans envie, aspirer à la gloire de remporter le prix dans les arts et les sciences ^ ^

De même que la mère d'Alexandre, celle de Néron avait détourné son fils de l'étude de la philosophie, à laquelle il avait été amené d'abord par le stoïcien Ghérémon*, puis par Sénèque, « attendu que, disait-elle, cette étude ne pouvait que faire du tort à un prince destiné à régner*. » Dans les cercles ayant un vif intérêt au maintien de Tordre de choses établi, surtout dans ceux du gouvernement et à la cour, ce n'est pas précisément que l'on dédaignât la philosophie, mais on la craignait. Le césarisme voyait, et non sans raison, un danger dans « l'idéologie». Le discours dans lequel Dion Gassius**

' Vie d'Avidius Cassius^ cb. xiv.

' Vie d'Alexandre Sévère f cli. xiv.

' Zeller, Histoire de la philosophief 111, 1, bil.

* Suclonc, Néron, ch. m.

' LU, ae.;

T. IV. •i.j

fait développer par Mécène, devant Auguste, les principes de la politique impériale, contient aussi un avertissement pour l'empereur de se garder des philosophes, qui propagent des idées révolutionnaires. On lui dit de ne pas croire de braves et honnêtes gens tous les philosophes véritables^ ou se donnant pour tels, parce qu'Arée et Athénodore avaient fait leurs preuves de loyal attachement, de ne pas perdre de vue que bien des personnes se servent de ce masque pour faire énormément de mal aux États et aux particuliers. En effet, de même que les meurtriers de Jules César, beaucoup de frondeurs, notamment aussi les chefs les plus éminents de l'opposition dans le sénat, au premier siècle de l'empire, professaient 1 s doctrines de l'école stoïcienne. Dans le nombre figuraient des républicains^ comme Pétus Thrasée et Helvidius Priscus, qui visaient au martyre politique, et, parmi ceux qui trempèrent dans la conjuration de Pison contre Néron, en l'an 6S, deux au moins, Lucain et Sénèque^ étaient de la même école. Les empereurs n'ouvraient d'ailleurs, généralement, que trop l'oreille aux insinuations tendant à leur rendre suspects le stoïcisme et toute la philosophie. En l'an 62 déjà, avait été mis à mort, dans l'exil, Rubellius Plante, cet homme qui, d'après les représentations faites à son sujet par Tigellin à Néron, faisait parade de l'imitation du genre des anciens Romains, et avait adopté l'insolence de l'école stoïcienne, « formant et engendrant des esprits turbulents et toujours prêts à braver le danger^. » Dans la persécution de Thrasée, en l'an 66, Néron suivit les instigations de Capiton

1 Zeller, m, 1, 611, etc.

2 Tacite, Annales, XI Vi 57 ^

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