‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 18 sur 241 · LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES

dans le port de la tranquillité, parce qu'il leur semblait plus facile de faire une pièce de vers que de produire une controverse émaillée de jolies sentences. La poésie avait, comme art de bien dire aussi, une grande affinité avec l'éloquence; on la regardait comme une des formes de la belle élocution, dans le sens le plus large du mot \ et Tépithète afacundus » était une des plus communément attribuées, dans un sens honorifique, aux poètes aussi. Par suite de ce contact et de cette mutualité de rapports multiples de la prose avec la poésie, la prose du peuple le plus positif et le moins poétique du monde se montre, à cette époque, plus étincelante de couleurs poétiques que celle de nul autre peut-être.

Ce fait à lui seul prouve, suffisamment, que l'attachement à la poésie, contracté par le commerce intime avec celle-ci, tenait bon pour la vie, et les allures toutes poétiques de la prose d'Apulée montrent que, si la réaction victorieuse des entichés de l'ancienne littérature parvint à modifier en partie ces effets, elle ne réussit pourtant pas aies supprimer *.

Disons, pour terminer, que la possession des avantages de l'éducation scolaire se restreignit, au deuxième siècle, à des cercles plus étroits qu'au premier. Avec le temps, le mérite militaire et la connaissance pratique des affaires, avaient frayé, de plus en plus, à des hommes d'humble

' Tacite, Dialogue, ch. x : Ego vero omnem eloquentiam oranesque ejus partes sacras et venerabiles puto; ncc solum colliurnum vestrum aut heroici carminis sonum, sed lyricorum quoque jucunditatem et elegorum lascivias et iamborum amaritudinem et epigrammatum lusus et quamcunque aliam speciem eloquentia habeat anteponendaDi ccteris aliarum artium studiis credo. •

' II. K retschmann y X>e/a/ini^a/6 L. Apuleji Afadaurensis {Kœnig&herg, 1865;, p. 17, etc.

naissance qui, partant, manquaient souvent d'éducation, l'accès de positions élevées, autrefois exclusivement ouvertes aux descendants de familles appartenant aux deux premiers ordres. Puis, ces ordres avaient reçu, dans leur sein, un nombre toujours croissant d'hommes, issus de provinces qui n'étaient encore arrivées à participer aux avantages de l'instruction romaine qu'à un moindre degré. Par ces deux raisons, il arriva aussi que l'ancienne éducation scolaire cessa d'être considérée, même dans les classes supérieures, comme indispensable, et le défaut d'instruction, d'y passer pour honteux ou ridicule. On racontait d'Auguste qu'il avait révoqué de son poste, comme manquant d'instruction, un légat consulaire, dont il avait vu un mot écrit comme on le prononçait dans les classes inférieures*. Un siècle et demi plus tard, Marc-Aurèle, ayant donné un ordre de campagne en langue latine, ne put se faire entendre de son entourage, probablement parce que ses officiers ne comprenaient rien à la façon de s'exprimer des personnes instruites. Le préfet du prétoire, Basséus Rufus, qui n'avait pas reçu la moindre éducation dans sa jeunesse, fit même observer à l'empereur, à cette occasion, que l'homme auquel celui-ci s'était adressé, n'entendait pas le grec^ Du reste, ce que Philostrate dit du succès que le sophiste Adrien obtint à Rome, même auprès des chevaliers et des sénateurs qui ne le comprenaient pas, suffît pour autoriser la supposition que la connaissance du grec aussi était devenue rare, dans les deux premiers ordres ^

Déjà vers le milieu du deuxième siècle apparurent, à

" •> Suétone, Auguste, ch. lxxxviii.

2 Dion Cassius, LXXI, 5. — Exe. Vat., 106. ^ Philostrate, Vies des sophistes j II, 10, p. 256.

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