‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 184 sur 241 · LIVRE XII. — " LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — " LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

seils, qu'on est obligé de chercher chez elle \ Sénèque a traité, dans deux dissertations très-longues, la question, souvent débattue évidemment, de savoir si, pour la vie, la partie parénétique de la philosophie morale, c'est-à-dire un enseignement pratique des devoirs, comprenant des préceptes pour tous les rapports importants, suffit, ou s'il est nécessaire de fonder ce dernier sur la théorie de tout un système de principes ou dogmes desquels résulte, pour tous les cas particuliers, la règle de nos actions ^ Les uns ayant désigné la partie parénétique, les autres la partie dogmatique comme étant celle dont on pouvait se passer, Sénèque s'attache à démontrer que l'on ne peut arriver à une éducation morale complète qu'au moyen de toutes les deux réunies. Une conviction fondée sur des principes doit former la base et la source de toutes nos actions et de toutes nos pensées, qui doivent viser à un but fixe, le souverain bien, autant qu'il est possible d'y atteindre, de même que les navires règlent leur course sur un astre. Sans une telle conviction, fondée sur des principes dogmatiques , une constance immuable dans la pensée et l'action est impossible. Elle est aussi le seul terrain dans lequel les maximes de la morale puissent prendre racine, et duquel elles puissent continuellement tirer une nouvelle sève. Mais, à côté des principes généraux de l'une, les règles spéciales de l'autre sont également indispensables. Entourés d'un nuage d'idées fausses et d'erreurs de tout genre, de mensonges et d'apparences vaines, nous avons besoin d'un rappel incessant aux vérités connues même, d'une voix qui nous avertisse et nous

• Sénèque, Letirety 16, 3.

> Ibidem, 94, 95.

exhorte au milieu du bruit de toutes les folies, de quelqu'un, toujours placé à nos côtés, qui entretienne nos souvenirs, dans le tumulte des villes, et qui noïfe apprenne, vis-à»vis des apologistes de la richesse, du pouvoir et de la faveur, à estimer le repos consacré à l'étude et l'esprit se détachant du monde extérieur, pour rentrer en luimême. La philosophie seule peut nous donner la santé de l'âme \ seule nous enseigner l'art souverain, l'art de vivre % et non-seulement le mieux, mais seule aussi nous guider dans les voies de la morale. Il n'y a pas plus de vertu sans philosophie qu'il n'y a de philosophie sans vertu ^

Un homme demandant un dévouement aussi complet à la philosophie que Sénèque, ne devait, naturellement, se contenter facilement ni du zèle déployé par les disciples qui s'y appliquaient, ni du nombre existant de ceux-ci. Personne, soupire- t-il, vers l'an 64 sans doute \ ne se soucie de la philosophie, à moins qu'il n'y ait relâche de spectacles, ou qu'un jour de pluie ne nous fasse chercher à tuerie temps ; les écoles des philosophes, comme celles des rhéteurs, sont vides ^ Cependant, ces doléances d'un écrivain qui exagère toujours prouvent tout au plus que le fait ne répondait pas à son idéal. Ce qui prouverait au contraire que la philosophie comptait effectivement, à cette époque aussi, un grand nombre et de zélés disciples dans la jeunesse de la haute société, c'est le bannissement, en l'an 65, de Musonius Rufus, poussé dans l'exil^ suivant

* Sénèque, Lettres^ 15, 1.

- Ibidem, 90, 27.

^ Ibidem, 89, 8.

* Sénèque, Qu. nat., VII, 32; Clinton, ad annum G3, p. Gh. ». ^ Le même, Lettres, 95, 23.

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