‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 185 sur 241 · LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

l'expression de Tacite, par la gloire de son nom, due à l'influence qu'il avait prise sur l'éducation de la jeunesse, en l'initiant aux principes de la philosophie *. Naturellement, un nombre considérable de disciples, appartenant aux classes supérieures % avait pu seul exciter l'attention et les soupçons du gouvernement de Néron déjà.

La grande majorité des philosophes enseignant comme professeurs, à Rome et dans les autres villes de l'Occident, notamment à Marseille (Massilia),un des sièges principaux de cet enseignement déjà du temps de Strabon % étaient, il est vrai, des Grecs*, et ce qui montre que l'on considérait la philosophie comme une science grecque, c'est qu'une grande partie des philosophes non grecs, tels qi>e Cornutus, Musonius Rufus, Favorin, Marc-Aurèle, écrivirent en grec. Il est facile de constater les progrès que la philosophie avait faits à Rome, en s'y naturalisant dès le dernier siècle avant Jésus-Christ^ non- seulement par le grand nombre de partisans, d'admirateurs et de protecteurs qu'elle y trouva, dans le monde instruit, et par la formation d'une littérature philosophique latine, mais surtout aussi par celle de Técole des philosophes romains dits Sextiens \ Celle-ci n'était, il est vrai, qu'une forme du stoïcisme, tel qu'il se dessinait dans la conscience romaine, notamment en ce sens qu'il se bornait strictement à réthique, au mélange près d'un certain ascétisme, em-

' Tacite, Annales, XV, 71.

' Phne le Jeune, Lettres^ III, 11,5.

' IV, 1, 5, p. 181.

* Zeller, III, 1,491. Le philosophe romain Italicus, mentionne par Épictcte {Diss., III, 8, 7), ne semble guère avoir été connu d'autres auteurs.

» Zeller, ni, 1, 599, etc.

392 'civilisation et mœurs romaine^.

pruiité à l'école de Pythagore, et qui se manifeste dans la répudiation de la viande comme nourriture. Gomme^ dans le fond, cette doctrine se rencontrait avec le stoïcisme et le cynisme, la condition fondamentale d'une existence indépendante lui faisait défaut; elle ne tarda donc pas à se dissoudre, et les Sextiens rentrèrent^ comme Sénèque, dans la grande communauté stoïcienne, de laquelle ils étaient sortis. Tant qu'elle exista, cependant, cette école eut des représentants considérables et exerça beaucoup d'influence. Elle comptait parmi les siens, outre son fondateur Q. Sextius, homme de bonne famille, qui avait dédaigné l'offre de Jules César de l'élever au rang sénatorial et de le pousser dans la carrière des emplois, pour s'adonner entièrement à la philosophie, et le propre fils du précédent, puis le fécond écrivain Cornélius Gelse, le savant grammairien L. Crassitius de Tarente, qui renonça à ses nombreuses leçons pour se vouer tout entier à cette secte, et Papirius Fabien, que Sénèque, dans sa jeunesse, avait entendu et tenait en haute estime. Aussi l'appelle-t-il un véritable philosophe à la manière des anciens, tout différent des philosophes de la chaire du temps présent, et fait-il en même temps l'éloge de ses leçons publiques. On se sentait édifié par ses exhortations ; on se piquait d'émulation pour l'imiter, sans perdre néanmoins l'espoir de le surpasser, et, bien qu'en général ses auditeurs observassent modestement le silence, l'élévation de ses sentiments causait parfois , parmi eux , un transport d'applaudissements enthousiastes \

Des divers systèmes de philosophie morale des Grecs, le stoïcisme était, sans contredit, celui qui s'adaptait le mieux

* Sénèque, Lettres, 100, 12, 52, 11.

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