‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 187 sur 241 · LIVRE XII. LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

l'ordre de succession des matières dans renseignement*. Sénèque appelle la logique l'abécédaire des philosophes ^ Or, quoique le stoïcisme, ou la philosophie en général, eût fait alors de l'éthique si bien Tobjet principal et le but de l'enseignement que non-seulement les deux autres branches paraissaient subordonnées à celle-ci, mais il semblait même que Ton pût s'en passer plus ou moins ^, des hommes tels que Musonius Rufus * et Épictète % tout en regardant l'éducation morale comme le but unique de la philosophie, et ne s'intéressant guère aux dissertations de logique et de dialectique \ n'en considéraient pas moins la logique comme le fondement indispensable des études philosophiques; et pour ceux en particulier qui se vouaient à l'éloquence, la question de la nécessité et de Tutilité de la logique, pour l'éducation scientifique en général, pouvait encore bien moins former l'objet d'un doute'. Cette étude, d'ailleurs, malgré son aridité, avait pour la sagacité, celle des esprits tournés à l'argutie notamment, d'autant plus d'attrait qu'on arrivait facilement h briller, dans les disputations, avec la virtuosité du maniement des formes de la logique.

Une fois que l'on a bien pioché, dit Aulu-Gelle**, on ne tarde pas à être de plus en plus frappé de l'utilité de cette science, qui d'abord vous rebute, et on éprouve un insatiable désir d'apprendre, qu'il faut savoir refréner,

'. Zellcr, m, 1, 50, de.

' Lettres, 71, 6.

» Voir, pour l'opinion de Marc-Aurèle, Zeller, III, i, 676.

* Épictète, Diss., I, 7, 32.

* Ibidem, I, 17, l à 12; 11,25.

Zeller, III, l, 664.

' Quintilien, XII, proœm.

* XVI, », 16, etc. — Voir aussi Épictète, Di-is., Il, 23, 41.

parce que ron risque, autrement, de rester captif toute sa vie dans ce dédale de la dialectique, qui est comme les îles des Sirènes. Le plus fâcheux avec les sophismes^ dit SénèqueS c'est qu'offrant un certain attrait, ils arrêtent et fascinent l'esprit, séduit par l'exercice d'une sagacité apparente, lorsque^ cependant, une multitude de choses bien plus importantes nous dit de pousser plus loin, et que la vie entière suffît à peine pour nous apprendre à mépriser la vie, ce qui est le but de la philosophie. Les aspirations et fantaisies de l'espèce étaient largement alimentées par une littérature volumineuse, à laquelle les stoïciens de Tancienne école, qui cultivaient ce champ avec prédilection, avaient notamment beaucoup contribué. Il existait des livres traitant spécialement de tels syllogismes captieux, qui visaient uniquement à embarrasser autrui, comme le syllogisme du tas, posant la question : Combien faut-il de grains pour former un tas? et le syllogisme des cornes, partant de celle-ci : Avez-vous perdu vos cornes? Dans le cas d'une réponse négative, on répliquait : Ainsi vous avez encore des cornes^? etc. On s'occupait alors, très-sérieusement, de jeux d'esprit pareils, dignes du Talmud, et les jeunes gens surtout perdaient beaucoup de temps à s'amuser ainsi. Tous les commençants en philosophie, dit Plutarque % s'adonnent de préférence à ce qui procure de la renommée; les uns, par légèreté de caractère et par ambition, s'élèvent comme des oiseaux aux hauteurs splendides des spéculations de la philosophie naturelle; d'autres se portent sur les disputations, les questions embarrassantes et les sophismes,

* Lettres, lU, 5.

2 Zeller, II, 1, 188, etc.

3 De prof, in virtute^ 7.

Page 1