‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 199 sur 241 · LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

prises sur le vif, qui se trouvent encadrées dans ses exhortations, sont particulièrement propres à donner une image claire de la suffisance et de la vanité de cette classe de professeurs, ainsi que de toute leur manière, ne visant qu'à l'effet extérieur. Ils n'avaient qu'un désir: celui d'entendre dire autour d'eux, partout où ils se montraient : 0 le grand philosophe! et ils se tenaient en marchant comme s'ils avaient avalé un piquet ^ Si l'auditoire était clair-semé et n'applaudissait pas, le professeur s'en allait d'un air triste; les applaudissements donnaient-ils au contraire, il faisait sa petite tournée et demandait à chacun : — Gomment m'avezvous trouvé? — Admirable, seigneur, aussi vrai que je me porte bien ! — Gomment ai-je dit tel passage? — Lequel? — Celui où j'ai parlé de Pan et des nymphes. — Dans la perfection. — Pourquoi, continue Épictète, dans son discours satirique contre ces rhéteurs jouant au philosophe, avez-vous loué tel sénateur? — Parce que c'est un jeune homme qui se montre plein de zèle et de talent. — Gomment donc cela? — Il m'admire. — Alors, je vous fais grâce de toute autre preuve de son zèle ! — Eh bien ! poursuit-il encore, depuis un si long temps qu'il est votre disciple, écoute vos disputations et suit vos cours, est-il devenu humble? est-il rentré en lui-même? est-il arrivé à sentir combien il est embourbé dans le mal? sa suffisance l'a-t-elle quitté ?demande-t-il à s'instruire? Vous dites, oui. Est-ce dire à apprendce comment il faut vivre? Non, sot que vous êtes: à apprendre comment il faut parler; car c'est bien là votre titre à son admiration I Écoutez donc ce qu'il dit de vous : cet homme écrit réellement avec beaucoup d'art, beaucoup mieux que Dion! — Ainsi

' Épiclcte, DisM.^ I, 21.

VOUS, avec une aussi mauvaise disposition d'esprit, qui êtes si avide d'applaudissements et comptez vos auditeurs, vous avez la prétention de vous rendre utile à autrui ? — Ehl n'ai-je pas eu, aujourd'hui, un auditoire beaucoup plus nombreux que jamais? — Oui, très-nombreux : il pouvait bien y avoir cinq cents personnes. — Cinq cents, c'est de moitié trop peu ; mille peut-être. Dion n'a jamais eu autant d'auditeurs. — Gomment pourrait-il les avoir? On apporte un sens très-délicat à l'appréciation d'un cours ; ce qui est beau, seigneur, parvient à toucher même la pierre. — Voilà bien le discours d'un philosophe, l'état de l'âme d'un homme qui veut se rendre utile à ses semblables; voilà aussi l'homme qui a écouté une leçon ! — Socrate, en accompagnant ses disciples, leur disait-il par hasard : Venez écouter le discours que je ferai aujourd'hui dans la maison de Quadratus? — Pourquoi? Vous voulez me montrer avec quel art vous savez arranger les mots ? Soit, mais à quoi cela vous sert-il? — Il faut que vous m'applaudissiez. — Gomment ? — Dites oh ! et parfait ! — G'est donc pour cela que l'on fait faire des voyages aux jeunes gens, qu'on leur fait quitter père et mère, les amis, les parents, leur foyer et tout ce qu'ils possèdent, pour dire oh ! à la fin de chacune de vos belles périodes? Socrate, Gléanthe, Zenon, agissaient-ils ainsi? — «Mais, » se fait objecter Épiclète, « n'y a-t-il pas un style particulier pour les discours monitoires ? — Gertainement ! aussi bien que pour les réfutations et les leçons. Mais, qui a jamais entendu, à côté de ces trois, en nommer un quatrième, le style de parade ? De quoi s'agit-il véritablement dans un monitoire ? Des moyens de faire comprendre à une personne, ou à plusieurs, quelle est la lutte dans laquelle elles ont à se débattre, ou le tort qu'elles ont de penser à toute

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