‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 200 sur 241 · LIVRE XII. LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

autre chose qu'à ce qu'il faudrait. Or, elles veulent bien ce qui mène à la félicité , mais prennent un chemin par lequel elles ne sauraient jamais la trouver. Cependant, est-il nécessaire, pour les ramener à leur but, de faire placer mille banquettes, d'inviter des milliers d'auditeurs, de monter en chaire dans un costume élégant, ou avec le mince ap- , pareil d'un petit manteau râpé de philosophe, et de décrire la mort d'Achille? Cessez donc enfin, je vous en conjure de par les dieux, d'abuser des paroles ronflantes et des sujets à prétention I Lequel des auditeurs de vos cours et de vos disputations a jamais été pris d'angoisses pour son salut, ou est rentré en lui-même? L'un ou l'autre a-t-il jamais dit, en partant : Le philosophe m'a profondément touché î il faut que je change de conduite désormais 1 Ne dira-t-il pas plutôt à son voisin, si vous êtes fortement applaudi : 11 a très-joliment dit ce qu'il vient de conter là de Xerxès; sur quoi un troisième de dire : Non, mais parlez-moi du combat des Thermopyles ! Et voilà ce qu'on appelle une leçon de philosophie ? »

Si les philosophes, par la manière dont ils faisaient leurs cours, se rapprochaient des sophistes, les auditeurs aussi avaient une manière d'applaudir qui répondait mieux au sentiment de la bonne exécution d'un morceau capital, par un virtuose, qu'à Thommage dû aux graves exhortations de professeurs de morale. Quand le philosophe, dit Musonius, exhorte, avertit, conseille, réprimande ou enseigne d'une manière quelconque, et que les auditeurs de leur côté se répandent, à la légère, en vains bavardages et en louanges banales, font du bruit et gesticulent, se laissent toucher par l'élégance des expressions et impressionner par la cadence rhythmique des mots, alors, sachez-le bien, l'orateur ne vaut guère plus que les audi-

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teurs, ce n'est plus un philosophe qui parle, mais un musicien qui joue de sa flûte ^ Plutaïque dit, pareillement, que le bruit des applaudissements dans les écoles des philosophes, entendu du dehors, est souvent de nature à faire croire plutôt que l'on y applaudit un danseur ou un musicien virtuose '. Il critique aussi les expressions alors en vogue pour témoigner ce genre d'approbation. Gomme si les anciennes exclamations a Très-beau ! très-sage I trèsvrai ! » ne pouvaient plus suffire, on criait maintenant ; « C'est divin 1 d'un inspiré I inimitable ! » et on confirmait le cri par un serment ; on disait, pour manifester son assentiment, (( bien avisé » , vis-à-vis d'un philosophe, « spirituel, magnifique » même, vis-à-vis d'un vieillard. Cependant l'auditeur ne devait pas non plus, de l'avis de Plutarque, rester assis là comme un muet, dans une attitude passive, et croire qu'il n'eût qu'à se mettre à table pour festiner, pendant que d'autres s'échinaient. Il était généralement d'usage^ même dans les cours dont les applaudissements étaient bannis, que les auditeurs, après s'être assis, eussent l'attention de se tenir droits à leur place, en se gardant de tout air de nonchalance et d'impertinence, qu'ils regardassent l'orateur, témoignassent un vif intérêt et adoptassent une mine sereine et bienveillante, non-seulement exempte de toute expression d'ennui, mais visiblement aussi libre de toute préoccupation de pensées étrangères à la leçon et capables d'en distraire. Nonseulement un front rembruni, un regard errant, une attitude voûtée, les jambes croisées d'une manière inconvenante, mais aussi faire signe à un autre, chuchoter avec

Aulu-Gelle, V, 1.

Plutarque, De audiendo, 15, à la tiii.

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