‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 2 sur 241 · LIVRE X. — XES BELLES-LETTRES · texte numérisé non relu

LIVRE X. — XES BELLES-LETTRES

autre but, poursuivi par de tout autres voies qu'aujourd'hui. Tandis que l'instruction de la jeunesse tend, actuellement, à lui enseigner les premiers éléments nécessaires pour s'orienter sur le domaine des branches les plus importantes du savoir humain, à lui faciliter le plus possible, à tous les égards, l'intelligence de la grande variété des travaux multiples de la science, et à la rendre apte à y prendre part, son programme, dans l'antiquité, était beaucoup plus simple, par la raison déjà que les sciences maintenant enseignées, dans les écoles, ou n'étaient même pas nées, ou du moins n'existaient encore qu'à l'état rudimentaire, ou n'étaient pas regardées comme nécessaires pour l'éducation en général. On ne s'appliquait pas à former le plus possible l'entendement, dans la culture de l'esprit de la jeunesse, mais à développer ses facultés créatrices. Le but principal de l'enseignement n'était pas de faire acquérir aux jeunes gens un savoir étendu, mais de les rendre forts en ce qu^'on leur apprenait, de les rendre maîtres de la langue, autant que possible, et habiles dans l'art de s'en servir, de manière à trouver l'usage de la parole le plus propre à déterminer une exposition claire de leurs pensées et à persuader, à savoir choisir pour tout l'expression la plus convenable et la plus élégante, aussi riche, aussi belle et aussi entraînante que possible *.

Pour les temps de la république, où la parole, à bien plus forte raison qu'aujourd'hui le savoir, pouvait être appelée une puissance, où, comme dit Tacite, « personne n'arrivait au pouvoir sans le secours de l'éloquence'», ce qui précède n'a besoin d'aucune explication. Mais, bien

» Tacite, Dialogue des orateurs^ ch. xxx, etc. 3 Ibidem, cb. xxxtii.

que l'éloquence politique se trouvât réduite au silence avec la chute de la république, la vive impressionnabilité d'une population méridionale, pour la parole vivante, et toutes les habitudes de la vie des anciens, n'en exigeaient pas moins jusqu'à un certain degré, dans tous les rapports, la publicité ainsi que l'oralité, et, sous l'empire aussi, le rapport entre la parole écrite et le discours parlé, pour ce qui concerne l'importance et l'influence de l'une et de l'autre, était juste l'inverse de ce qu'il est dans le monde actuel. L'éloquence était indispensable non-seulement à l'avocat et au professeur, mais aussi à l'officier supérieur comme au fonctionnaire, au sénateur et à l'homme d'État, en général à quiconque aspirait à une position éminente dans la vie. Ce qui donne le mieux la mesure de l'importance que l'on attachait, sous l'empire aussi, à Fart oratoire, la meilleure preuve du fait qu'il continuait à être regardé comme l'élément capital de l'éducation d'un homme du monde, c'est qu'il tenait la première place parmi les diverses branches de l'instruction, et qu'il resta longtemps la seule à l'enseignement de laquelle l'État se considérât comme obligé de pourvoir. Les premières chaires d'enseignement public fondées par le gouvernement, à Rome, avec la dotation d'un riche traitement (de 100,000 sesterces), furent celles d'éloquence latine et d'éloquence grecque , et l'empereur qui imposait cette charge au budget et appelait, comme professeur, à la première des deux Quintilien, « la gloire de la toge romaine* », n'était autre que Vespasien, ce prince économe, opposé à toutes les tendances idéales, et n'ayant cure que des besoins de la pratique. Bientôt, non-seulement les

* Martial, IT, 90, 2,

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