LIVRE X. — LES BELLES-LETTRES
grandes, mais, vers le milieu du deuxième siècle du moins, aussi nombre de moindres villes d'Italie et des provinces, eurent leurs professeurs d'éloquence, nommés par les communes ; les plus grandes sans doute, aussi bien que Rome, leurs deux chaires, l'une d'éloquence grecque, l'autre d'éloquence latine.
Une application très-intense et tout à fait exclusive à la poésie, préparait à l'enseignement de l'éloquence. Le poëte (( formait la bouche de l'enfant dès les premiers bégayements S) , et la lecture ainsi que l'explication des poètes, constituait l'objet à peu près unique de l'instruction scolaire proprement dite, pour la jeunesse adolescente V A côté, tout au plus une certaine connaissance de la géométrie et de la musique était jugée nécessaire ou désirable. La seconde, dont l'enseignement se bornait souvent à la théorie, devait, paraît-il, son admission dans le programme des études à son étroite connexité, beaucoup plus intime dans l'antiquité que de nos jours, avec la poésie, comme on l'a vu dans le dernier chapitre de notre tome IIL La poésie servait aussi d'intermédiaire pour communiquer aux jeunes esprits quelques autres notions , de géographie notamment, d'astronomie et même d'histoire, dans lesquelles la tradition légendaire et la mythologie étaient généralement aussi comprises. Les enfants devaient, en même temps, se familiariser et s'identifier, par l'étude des poëtes, avec la morale et la sagesse de la vie du monde \
Quand on tendait à un degré plus élevé, dans l'éduca-
» Horace, ÉpUreSy II, 1, 126.
2 Quinlilicn, I, 4, 1-4.
ï Horace, Épîtres^ II, 1, 128-1 3 1
tion, il va sans dire que renseignement scolaire s'étendait aussi aux poètes grecs. Cette étude, dans les temps postérieurs aussi, commençait par Homère, avec l'approbation de Quintilien'; car bien que, pensait-il, une plus grande maturité d'âge fût nécessaire pour la complète intelligence de sa poésie, personne ne manquerait de relire plus d'une fois ses œuvres. Parmi celles des autres poètes grecs, il nomme des tragédies et des poésies lyriques. Il n'entend, comme il paraît, exclure de ces dernières que celles dont le contenu pouvait éveiller des scrupules, telles que les élégies. Il recommande particulièrement Ménandre, dont les pièces étaient lues, déjà du temps d'Ovide, dans les écoles de garçons et de filles ^. Stace aussi, dans ses Silves^, mentionne Ménandre, à côté d'Homère, comme l'un des auteurs formant l'objet principal de l'enseignement des écoles grecques. Le père de Stace tenait à Naples une école, fréquentée, au dire de son fils, non-seulement par les garçons des villes les plus proches, mais aussi par des enfants qu'on y envoyait de la Lucanie et de la Fouille, ainsi que par des fils de famille sénatoriale, qui arrivèrent plus tard à être investis de liants sacerdoces et du gouvernement de provinces. Dans cette école, on lisait Homère, Hésiode, Théocrite, Pindare, Ibycus, Alcman, Stésichore, Saplio, Corinne, Callimaque, Lycophron, Sophron et d'autres poètes encore*. Il y a lieu de croire, il est vrai, qu'on ne devait, hors des pays helléniques proprement dits, oîi Homère, Archiloque, Hésiode, Simonide, Stésichore, Pindare, Sapho, Alcée, sont aussi
* J, 8, 5. — Pline le Jeune, Lettres^ II, 14, 2.
' Ovide, Tristes, II, 369.