‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 3)Chapitre 201 sur 241 · LIVRE Xll. LA PHlLUSOl'lllE ÉTHIQUE. VM · texte numérisé non relu

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lui, sourire, bâiller, l'expression du relâchement ou de l'énervement, tout cela était compris dans les airs dont on avait soigneusement à se garder \

Cette précision même, poussée jusqu'à la minutie, dans les préceptes par lesquels des hommes d'une valeur aussi haute et aussi généralement reconnue que celle de Plutarque, d'Épictète, etc., crurent devoir contribuer au maintien de la dignité de l'enseignement philosophique, n'est pas ce qui rend le moins sensible combien devait être profond et répandu l'intérêt que l'on prenait aux (îours et aux écoles des philosophes. Pareillement, les exigences constantes des écrivains les plus considérables, quant aux résultats qu'ils attendaient de l'enseignement de ces écoles, prouvent que celles-ci, malgré toutes les faiblesses, les aberrations et l'insuccès de beaucoup de maîtres, n'en étaient pas moins regardées comme les véritables foyers de l'éducation morale, ce qu'elles étaient en effet, témoin les ouvrages si nombreux des grands écrivains philosophes de cette époque.

Pendant que les directeurs d'écoles publiques, quelque extension qu'eût prise le cercle de leurs disciples et de leurs sectateurs, y limitaient cependant leur enseignement, il y avait encore une autre classe de philosophes qui, se donnant pour les vrais missionnaires de la moralisation, vouaient leurs services à l'humanité entière, les cyniques. Si la foule de ces « frères mendiants de l'antiquité », conforme au portrait qui en a été donné plus haut, était mal famée à juste titre, les personnalités vraiment nobles parmi eux, les hommes renonçant à tous les biens de la vie pour l'amour de cette haute mission, n'étaient pas moins l'objetde

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l'admiration et de la vénération générales. Anssi Dion et Epictète, les maîtres les plus estimés du deuxième siècle, inclinaient-ils au cynisme et plaçaient-ils Diogène à côté de Socrate. Épictète, notamment, se faisait la plus haute idée de la mission des vrais cyniques^ : il n'admet pas que personne se l'arrogé, sans la conscience d'y être poussé comme un élu par la volonté divine. « Il faut que le cynique s'affranchisse de toute passion, de tout désir violent. D'autres hommes peuvent se cacher derrière les murs de leurs maisons, tandis que le cynique, n'ayant point de maison et couchant à la belle étoile, n'a pour se couvrir que la pudeur. Il faut qu'il n'ait rien à cacher ; autrement, oii le cacherait-il et comment s'y prendrait-il ? Lui, le précepteur et l'instituteur général, ne dpit jamais avoir aucun sujet de crainte; autrement, comment pourrait-il faire honneur à son office de surveillant de la conduite des autres hommes? »

Mais il ne lui suffit pas d'acquérir la science et la liberté pour lui-même; il doit savoir aussi que Jupiter l'a envoyé auprès des hommes comme un messager, pour leur apprendre à distinguer le bien du mal, les avertir qu'ils s'égarent et cherchent les caractères du bien et du mal où ils ne sont pas, ou n'y prennent garde, quand ils les trouvent; puis il nous montre son cynique prêchant et disant au peuple : « Hommes que vous êtes, oii vous laissez-vous entraîner? Que faites-vous, malheureux? Vous cherchez la félicité où elle n'est point. Pourquoi la cherchez-vous en dehors de vous-mêmes? Son siège n'est pas dans le corps, dans l'opulence, dans le pouvoir, dans la domination I Voyez les forts, les riches , les puissants ; écoutez

• DisserL, 111, 22.

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